ABCU Credit Union | Finance et Investissement https://www.finance-investissement.com/post_company/abcu-credit-union/ Source de nouvelles du Canada pour les professionnels financiers Tue, 14 Jul 2026 15:41:49 +0000 fr-CA hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://www.finance-investissement.com/wp-content/uploads/sites/2/2018/02/cropped-fav-icon-fi-1-32x32.png ABCU Credit Union | Finance et Investissement https://www.finance-investissement.com/post_company/abcu-credit-union/ 32 32 Les coopératives de crédit misent sur les fusions pour survivre https://www.finance-investissement.com/nouvelles/actualites/les-cooperatives-de-credit-misent-sur-les-fusions-pour-survivre/ Wed, 15 Jul 2026 10:38:21 +0000 https://www.finance-investissement.com/?p=114931 Le secteur estime qu’un allègement des contraintes réglementaires favoriserait leur croissance.

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Il y a 126 ans, Alphonse Desjardins fondait à Lévis, au Québec, la première coopérative de crédit du Canada, ou caisse populaire. Après avoir étudié les coopératives financières en Europe, il en a adapté le modèle au contexte canadien.

Alphonse Desjardins a contribué à l’essor du mouvement en convainquant les gouvernements de reconnaître le modèle coopératif et en aidant les collectivités à fonder leurs propres coopératives de crédit. À son décès, en 1920, on comptait environ 160 caisses populaires au Québec, en Ontario et dans le nord-est des États-Unis.

À l’époque, les coopératives de crédit comblaient un vide en matière de financement. Les nouveaux arrivants sans historique de crédit, les agriculteurs dont les revenus dépendaient des conditions météorologiques et les femmes ne disposant pas d’un cosignataire masculin s’y tournaient souvent après avoir été jugés trop risqués par les banques, rappelle Jeff Guthrie, président et chef de la direction de l’Association canadienne des coopératives financières.

Leur enracinement dans les communautés leur a permis de se développer aux côtés des banques en offrant une solution de rechange qui dessert aujourd’hui 11 millions de Canadiens.

Ces dernières années, toutefois, le modèle a eu de plus en plus de mal à rivaliser avec la concurrence. Bon nombre de coopératives de crédit estiment désormais que la consolidation est essentielle à leur survie pour suivre le rythme des banques, des fintechs et de la hausse des coûts réglementaires.

Les besoins de financement qui avaient alimenté leur croissance ont en grande partie disparu, la croissance démographique a ralenti et les jeunes consommateurs s’attendent désormais à bénéficier de services bancaires numériques fluides, dont le développement exige des investissements importants, explique Jeff Guthrie.

La coopérative de crédit Innovation Federal, établie en Saskatchewan, a elle-même été confrontée à cette réalité. Dès 2016, la croissance de son membership avait commencé à stagner, parallèlement au vieillissement de la population rurale de la province. L’âge moyen de ses membres atteignait alors 48,8 ans, contre 43 ans en 2008.

Les dirigeants ont envisagé une expansion à Saskatoon et Regina, indique Daniel Johnson, chef de la direction d’Innovation Federal. Ils ont finalement choisi de se développer à l’échelle nationale.

Les membres ont voté en faveur d’une conversion en coopérative de crédit fédérale en 2017. Innovation Federal a achevé cette transition en 2023, devenant ainsi la première coopérative de crédit sous réglementation fédérale de la Saskatchewan. Peu après, la coopérative albertaine ABCU Credit Union lui a proposé une fusion.

En avril 2026, l’opération est devenue officielle. Innovation Federal Credit Union et ABCU ont conclu la première fusion interprovinciale de coopératives de crédit au Canada.

« Pour certaines coopératives de crédit, la consolidation est une question de survie », affirme Jon Bowes, associé spécialisé en fusions et acquisitions chez Deloitte Canada, à Toronto.

Dans ce cas précis, le rapprochement était logique. ABCU exerçait ses activités dans une province voisine présentant un profil démographique similaire, ce qui facilitait le service aux membres.

Cette opération s’inscrit dans une tendance de fond. Selon le Centre canadien d’étude des coopératives, le nombre de coopératives de crédit au Canada, à l’extérieur du Québec, a chuté de plus de 90 %, passant d’environ 2 000 établissements en 1980 à moins de 170 aujourd’hui.

Comme dans le reste du secteur financier, les coopératives de crédit cherchent depuis longtemps à gagner en taille pour demeurer compétitives. Cette dynamique a alimenté les fusions depuis plusieurs décennies. Le secteur en a enregistré une cinquantaine par année en moyenne dans les années 1990, une quarantaine dans les années 2000, puis une douzaine par an depuis, souligne Jeff Guthrie. Selon lui, ce rythme devrait se maintenir jusqu’en 2035.

La croissance permet aux coopératives de crédit de réaliser de nouveaux investissements générateurs de revenus tout en élargissant leur offre de services afin d’attirer et de fidéliser leurs membres. Traditionnellement, environ 80 % de leurs bénéfices proviennent de l’intermédiation financière, soit la collecte de dépôts et l’octroi de prêts. Daniel Johnson craint toutefois que ces marges continuent de diminuer sous l’effet de la concurrence.

Les services bancaires numériques figurent parmi les investissements les plus importants, souligne Jeff Guthrie.

« Beaucoup de jeunes Canadiens disent : “J’adhère aux valeurs des coopératives de crédit, mais je ne renoncerai pas à mon application bancaire sur mon téléphone.” »

Les fintechs « grugent » des parts de marché en proposant des expériences numériques toujours plus fluides, ajoute Daniel Johnson. Les coopératives de crédit doivent donc atteindre une taille suffisante pour être en mesure de suivre le rythme.

Selon Jon Bowes, la consolidation leur permet de répartir les coûts technologiques et d’éliminer les dépenses en double, améliorant ainsi leur compétitivité et leur capacité à attirer de nouveaux membres.

Une réglementation jugée contraignante

Selon Jeff Guthrie, le gouvernement fédéral souhaite accroître la concurrence dans le secteur bancaire.

À titre d’exemple, le budget de 2025 a assoupli les règles permettant aux coopératives de crédit d’intégrer le régime fédéral. Cette mesure a été complétée en juin par le lancement, par le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), d’un processus d’approbation simplifié destiné aux coopératives de crédit sous réglementation provinciale souhaitant devenir des institutions fédérales.

Ces premières mesures ont facilité la croissance des coopératives de crédit, mais le secteur estime que d’autres changements sont nécessaires.

Innovation Federal et ABCU ont réalisé leur fusion avant la mise en place de ce processus simplifié. L’opération a nécessité l’approbation de six organismes gouvernementaux fédéraux et provinciaux. L’Alberta a également dû modifier certaines dispositions de sa Credit Union Act, rappelle Daniel Johnson.

« Cela nous a coûté extrêmement cher. »

Même si le nouveau cadre du BSIF simplifie les démarches, il ne règle pas le fait que les coopératives de crédit fédérales ne peuvent fusionner qu’avec d’autres coopératives de crédit fédérales, souligne-t-il.

Les coopératives provinciales doivent d’abord obtenir l’approbation de leurs membres, puis obtenir leur statut fédéral avant de pouvoir fusionner. Daniel Johnson estime qu’il s’agit d’une étape inutile.

« ABCU a dû devenir une coopérative de crédit fédérale pendant une nanoseconde, puis être fusionnée avec Innovation Federal », illustre-t-il.

Il souhaiterait que les coopératives provinciales puissent fusionner directement avec des coopératives fédérales.

Le statut fédéral permet aux coopératives de crédit d’exercer leurs activités partout au pays plutôt que dans une seule province. Toutefois, cette portée nationale s’accompagne d’exigences réglementaires supplémentaires. Les coopératives fédérales sont supervisées à la fois par le BSIF et par l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, ce qui accroît leurs obligations de conformité.

Abdullah Mamun, professeur de finance et titulaire d’une chaire en finance coopérative à l’Université de la Saskatchewan, à Saskatoon, s’inquiète de la capacité des coopératives de crédit fédérales à absorber ces coûts supplémentaires.

Jeff Guthrie souhaite également que le Bureau de la concurrence évalue les fusions de coopératives de crédit différemment de celles impliquant les banques.

« Il considère une fusion entre coopératives de crédit de la même façon qu’une fusion entre RBC et HSBC », déplore-t-il.

Selon lui, les grandes coopératives de crédit sont désormais davantage en concurrence avec les grandes banques qu’avec les petites coopératives. Il propose donc que le Bureau applique des critères différents selon la taille des établissements concernés.

Une concentration appelée à se poursuivre

Selon Jeff Guthrie, les coopératives de crédit continueront probablement de suivre l’une de deux stratégies : poursuivre leur expansion au sein de leur province d’origine ou adopter le cadre fédéral.

Au rythme actuel, le Canada comptera quelques très grandes coopératives dans chaque province, qui continueront d’acquérir de plus petits établissements, ainsi qu’un petit nombre de coopératives nationales, estime Abdullah Mamun.

Jeff Guthrie cite l’exemple de l’Australie, où le secteur s’est stabilisé autour de 45 coopératives de crédit et enregistre une ou deux fusions par année.

Parmi les 158 coopératives de crédit canadiennes, huit détiennent déjà la moitié des actifs du secteur, souligne-t-il.

Selon lui, la consolidation renforcera cette structure où quelques grandes coopératives continueront de croître pour concurrencer les banques, tandis que les plus petites poursuivront leurs activités dans les collectivités qui les soutiennent.

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