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Servir les personnes handicapées

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TOP 25 - C'est lors de son premier emploi à Toronto, au début des années 2000, que Guillaume Parent s'est senti handicapé pour la première fois. Pour accéder aux bureaux où il travaillait au centre-ville, il avait besoin d'une rampe d'accès pour fauteuil roulant.

Or, ce bureau était situé devant une des bouches de métro les plus achalandées de la métropole. Chaque matin et chaque soir, il fallait installer la rampe, puis la retirer. La congestion qui en résultait pendant quelques minutes impatientait bien des passants, les policiers aussi. «Mon entrée dans le building est devenue illégale», commente Guillaume Parent, président du cabinet Finandicap et représentant en épargne collective chez Services en placements PEAK.

Jusqu'à cette expérience, il ne s'était jamais vraiment senti handicapé, malgré sa mobilité réduite et son élocution difficile. Quand il est né, sa mère est restée au foyer - «pour me stimuler», dit-il. Ce fut une bataille pour le faire entrer dans une école régulière et non dans une école spécialisée, mais ses parents ont gagné. «J'ai eu de la facilité à l'école de quartier, dit-il. Dès le début, toute différence a disparu. J'ai rapidement noué beaucoup d'amitiés.»

Son parcours a aussi été heureux à l'Université Laval où il a fait son baccalauréat en sciences de l'administration. Ses études ont été facilitées dans une grande mesure par la technologie, plus précisément un ordinateur portatif et l'accès à Internet. «Ce n'est pas tant les cours qui m'ont aidé à cette époque, mais le fait que je me suis beaucoup engagé dans l'association étudiante» - où il a rencontré sa future épouse, Fanny Allary, également étudiante en finances. Celle-ci travaille aujourd'hui comme conseillère en sécurité financière chez Finandicap et représentante en épargne collective chez Services en placements PEAK.

La révélation du REEI

Après un premier contact avec le marché du travail à Toronto, Guillaume Parent est revenu à Montréal, mais sa situation n'a pas été rose. Il a envoyé son curriculum vitae à des centaines d'entreprises où on lui a renvoyé une image peu élogieuse de lui. «J'ai reçu des convocations par téléphone et, dès que je parlais, on me raccrochait au nez», relate-t-il.

Plus le temps passait, plus ses économies diminuaient. Un jour de janvier 2003, il se rendait à un bureau de l'aide sociale pour demander du secours quand, en passant dans un petit centre commercial, il repère une toute petite boutique où l'idée lui vient d'ouvrir une clinique d'impôt. «En février, mars et avril, j'ai rempli 350 déclarations de revenus. C'était parti.»

Son travail d'analyste à l'investissement chez Fondaction CSN, à partir de 2005, le mène à entendre parler du régime enregistré d'épargne-invalidité (REEI) un jour de 2010. C'est une révélation. «Les planètes s'alignaient pour moi. Le lendemain, j'ai donné ma démission. C'était clair que je devais me consacrer à la promotion de cet outil révolutionnaire pour diminuer ou enrayer la pauvreté chez les personnes handicapées.»

Son chemin était tracé, mais il n'avait pas encore surmonté tous les obstacles. Par exemple, ça été le cas le jour où il a vu son relevé de commission pour les 25 comptes REEI qu'il avait ouverts. Malgré ce qu'elle lui avait fait miroiter, l'institution financière avec qui il avait fait affaire pour ouvrir ces REEI ne payait pas les commissions sur la part de subvention d'un REEI, part qui représentait 75 % des actifs ! Petite déprime, mais Guillaume Parent ne s'est pas découragé.

Il s'est mis à offrir des services d'investissement. Famille et amis sont devenus des clients et, quand ses affaires sont devenues suffisamment prospères, son épouse s'est jointe à lui lorsqu'il a fondé sa société Finandicap en 2013. Aujourd'hui, ce cabinet compte huit employés, dont six conseillers, et il offre une gamme complète de services financiers. Cependant, le REEI demeure son cheval de bataille, ce type de compte représentant 80 % de son actif total, dont Guillaume Parent ne veut pas dévoiler le montant.

«Guillaume est une personne handicapée qui se déplace en fauteuil roulant. Je trouve sa détermination exemplaire et peu de conseillers pourraient être aussi efficaces et pertinents dans l'aide apportée aux familles aux prises avec des enfants handicapés et des solutions de planifications financières à élaborer», a écrit Mireille Rondy, conseillère en placement chez Valeurs mobilières PEAK, en proposant la candidature de Guillaume Parent.

Vaste marché en devenir

Le REEI demeure un secteur encore négligé des institutions financières, mais ses perspectives promettent de devenir immenses, prévoit Guillaume Parent : «Connaissez-vous beaucoup de jeunes dans la vingtaine qui investissent de 5 000 à 7 000 $ par année (comme le font plusieurs handicapés) ? Pour l'industrie financière, ça va devenir de l'or en barre.»

Pour l'instant, c'est un marché d'environ 5 G$ d'actifs gérés au Canada, selon Emploi et Développement Social Canada. Dans 30 ans, selon les projections de Guillaume Parent, «ce sera de 60 à 80 G$», dit-il. De plus, dans une douzaine d'années, les participants vont commencer à décaisser leurs régimes et, à ce moment-là, les nombreuses erreurs et méprises commises au sujet d'un régime mal compris apparaîtront.

Ce jour-là, les bénéficiaires de ces régimes auront de nombreux besoins et Guillaume Parent compte être au poste, peut-être en offrant des services liés à des résidences spécialisées pour personnes handicapées, des services sociaux, des services juridiques. «Le REEI, dit-il, amènera une économie semi-privée qui s'intéressera à un important marché où il n'y avait pas un sou auparavant.»