01.05.2009 - Léonie Laflamme-Savoie
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Le nouveau havre de paix
Autrefois commerciali-sés comme des " fonds communs avec de pe-titesroues "oudes " fonds communs avec un gilet de sauvetage ", les fonds distincts sont maintenant mis de l'avant comme des refuges en pleine tempête financière.
Signalons que les fonds distincts sont considérés comme une catégorie qui regroupe maintenant les produits à garantie de retrait à vie et les fonds distincts traditionnels.
En effet, les fonds distincts traditionnels et les produits à garantie de retrait à vie ont enregistré des ventes nettes totales de près de 5,6 G$ au Canada en 2008, selon la firme de recherche Investor Economics. L'actif sous gestion dans les produits à garantie de retrait à vie a atteint en 2008 près de 8,1 G$ sur un actif sectoriel total de 63 G$.
Les produits à garantie de retrait à vie les plus connus sont Revenu Plus, de Manuvie, Helios, de Desjardins, Cinq à Vie, de Transamerica, EcoFlextra, de l'Industrielle Alliance, et Sun-Wise, de Placements CI.
L'attrait de ces derniers produits, arrivés sur le marché entre 2003 et 2007, a même dépassé celui exercé par les fonds distincts traditionnels. Propulsés par la crise, ils ont terminé 2008 avec des ventes nettes de 5,8 G$, comparativement à 2,7 G$ en 2007, alors que les fonds distincts traditionnels enregistraient des rachats nets de 200 M$. Ces résultats sont de loin supérieurs aux rachats nets de 1,4 G$ enregistrés dans l'industrie des fonds communs de placement en 2008.
" L'arrivée des produits à garantie de retrait à vie est le dernier grand bouleversement en lice dans le secteur, explique Iassen Tonkovski, analyste chez Investor Economics. Les ventes nettes de 2008 ont été enregistrées grâce à celles de ce type de produits, et non grâce à celles des fonds distincts traditionnels en tant que tels. "
Après avoir connu une période de changement marquée par de nouvelles règles relativement aux garanties minimales de capitaux au début des années 2000, l'industrie semble maintenant stabilisée, malgré les différentes an-nonces faites dernièrement par des assureurs comme Transamerica et Manuvie.
" La garantie de ces produits est aussi solide que l'assureur qui la fournit ", rappelle avec prudence Christine Robillard, planificatrice financière indépendante.
Selon Iassen Tonkovski, la situation devrait demeurer stable au Canada où, contrairement aux États-Unis, les assureurs sont restés plutôt conservateurs dans leur offre de produits.
" Aux États-Unis, l'actif sous gestion at-teint 400 G$ pour les produits à garantie de retrait à vie à rentes va-riables. La concurrence a amené des mouvements assez agressifs et des ajouts sans que les prix ne soient augmentés, souligne-t-il. Ça n'a pas été vu au Canada, où les assureurs suivent des modèles plus modestes. "
" Il y a eu plusieurs annonces, mais nous ne sommes pas dans une situation de changement comparable à celle du début de la décennie, ajoute l'analyste. De plus, les assureurs attendront probablement que les conditions de marché se stabilisent avant d'effectuer des changements à leurs produits. "
Un produit bien de son temps
La popularité des fonds distincts s'explique notamment par le fait qu'ils s'adaptent très bien aux besoins des clients qui devront assumer eux-mêmes leurs revenus à la retraite. Dans un monde où de moins en moins d'entreprises offrent des régimes de retraite qui couvrent entièrement les besoins des retraités, il est tentant de se tourner vers un produit qui procure des versements déterminés garantis ou, du moins, une garantie sur le capital à échéance.
" Ce n'est pas une solution universelle, notamment lorsque, par exemple, les gens disposent d'un régime à prestations déterminées. Dans cette situation, ce n'est pas nécessaire d'avoir une garantie, indique Christine Robillard. Mais de nos jours, la majorité des gens n'ont pas ce type de fonds de pension et ce produit le remplace exactement. "
La crise a également mis beaucoup d'investisseurs à l'épreuve, comme l'explique Michel Pelletier, vice-président actuariat et développement des produits, chez SSQ Investissement et retraite, qui souligne que " avant, les gens ne voyaient pas l'utilité d'une garantie. Mais maintenant [...] les courtiers et les clients apprécient de plus en plus le bénéfice associé au fait de payer en moyenne 0,5 % de plus en frais ".
Ces produits sont d'ailleurs tellement populaires auprès des clients que plusieurs courtiers, principalement ceux qui ont une clientèle en majorité formée de clients retraités ou de futurs re-traités, pensent en faire le coeur de leurs activités.
" Beaucoup de mes collègues abandonnent leurs permis de vente de fonds communs de placement, explique Christine Robillard. Personnellement, je ne pense pas que ce type de produit soit une panacée, mais certains pensent que oui. "
Même son de cloche auprès de Michel Pelletier qui souligne que la tendance s'est inversée et que " de plus en plus de courtiers passent leurs permis d'assurance pour pouvoir vendre des fonds distincts. Il y a beaucoup plus de demandes du côté de ce secteur de vente ".