Finance et investissement - L'ère des «mononcles» doit prendre fin
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L'ère des «mononcles» doit prendre fin

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«Mais non, reste au bureau et envoie ta journaliste couvrir toute seule la conférence. Elle est pas mal plus cute à regarder que toi.»

C'est ce qu'un vétéran de l'industrie a lancé, à la blague, à mon patron de l'époque quand il m'a présentée à lui lors d'une conférence. J'avais 23 ans, je venais tout juste d'entrer en poste comme journaliste web chez Finance et Investissement et je couvrais un de mes premiers gros événements.

J'ai ri jaune, clairement mal à l'aise, ne sachant pas trop quoi faire d'autre.

Je raconte cette histoire depuis des années pour illustrer les difficultés que je rencontre en tant que femme journaliste qui pratique dans une industrie à majorité masculine.

Ce serait drôle s'il s'agissait d'un incident isolé. Or, ce n'est pas le cas.

Je pourrais aussi relater cette fois où, dans un cocktail, un autre vétéran de l'industrie s'approchait tellement de moi que j'ai dû reculer jusqu'à être littéralement adossée au mur.

Je pourrais aussi vous parler de ces entrevues où j'attendais avec impatience l'arrivée de mon photographe parce que la personne interviewée pour mon article commençait à manifester des signes d'intérêt dépassant largement le cadre professionnel.

Ou encore cette fois où, lors d'une entrevue vidéo dans le bureau d'un conseiller, mon collègue masculin était sorti pour quelques minutes. J'ai demandé au conseiller de déboutonner son veston pour que je puisse lui mettre son micro. Sa réponse : «Je me déboutonne si tu te déboutonnes aussi !»

Je pourrais finalement vous raconter la fois où des participants à une conférence lançaient des suggestions salaces à un vétéran de l'industrie pendant qu'il aidait, sur scène, une jeune présentatrice à installer son micro. Comment disaient-ils déjà ? Ah oui, ça me revient : «Envoye, mets-y son micro !»

Entendons-nous, même si ces incidents sont désagréables, on est loin des exemples rapportés récemment par les médias dans les affaires Aubut, Salvail et Rozon. Mon expérience démontre toutefois que l'industrie financière compte toujours - dans certains cercles, je tiens à le spécifier - un certain pourcentage de «mononcles» avec leur lot de comportements et de commentaires inappropriés.

Si en tant que journaliste, c'est-à-dire comme observatrice du secteur, j'ai pu vivre autant de situations désagréables en 10 ans de carrière, je suis en droit de me demander ce qui se passe derrière les portes closes de certains bureaux, et ce, un peu partout dans l'industrie.

J'imagine que bien des conseillères auraient également des histoires douteuses à raconter. Nous avons d'ailleurs publié un article sur le sujet en septembre 2016, dans lequel une conseillère témoignait de difficultés vécues lors d'un congrès : «J'y suis allée seule une fois, et je me suis trouvée dans des situations vraiment désagréables et déplacées ; les personnalités des hommes qui se sentent seuls ressortent.»

Il est grand temps, dans l'industrie financière comme ailleurs, que les comportements inappropriés cessent définitivement. Tous ces gestes et ces blagues pas très drôles peuvent sembler inoffensifs, mais ils représentent la base d'un écosystème malsain. En effet, lorsqu'on combine sexe et abus de pouvoir, on obtient à coup sûr un mélange toxique. Glisser des allusions ou faire des gestes déplacés envers quelqu'un en position de vulnérabilité, ce n'est jamais acceptable.

Fait encourageant, les conseillères interrogées dans l'article indiquaient toutes constater une évolution dans les moeurs de l'industrie. On peut donc espérer que ce genre d'incident sera, d'ici quelques années, chose du passé. Probablement que les récents événements et dénonciations de gestes inconvenants contribueront également à établir des limites claires de ce qui est acceptable, ou non, de faire dans un milieu professionnel, si masculin soit-il.

Du moins, j'ose l'espérer.

***

En terminant, je tiens à dire que j'ai la chance de couvrir une industrie qui, malgré les écarts de conduite mentionnés plus haut, a généralement de la classe. Contrairement à plusieurs de mes collègues journalistes femmes, je n'ai jamais reçu de la part de lecteurs de courriels haineux ou appelant carrément à la violence sexuelle.

On me dit que dans les grands médias montréalais, c'est pourtant chose courante, pour une femme journaliste, que de recevoir des courriels d'insultes et de menaces de toutes sortes après avoir écrit un article sur un sujet aussi simple qu'une nouvelle piste cyclable.

Je peux donc me considérer comme chanceuse : aucun de mes articles sur la deuxième phase du Modèle de relation client-conseiller ou sur l'exemption cumulative pour gain en capital lors de la vente d'actions admissibles de petites entreprises ne m'a jamais attiré de messages douteux de lecteurs.