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Turbulences à l'horizon en FCP

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solerf / 123RF Banque d'images

Les derniers grands manufacturiers indépendants de fonds communs de placement (FCP) sont-ils sur la pente glissante des fusions et acquisitions ?


« Les grands indépendants devront revoir leurs options stratégiques en raison de l'érosion de leurs marges bénéficiaires », croit Scott Chan, analyste du secteur des services financiers chez Canaccord Genuity.

Scott Chan s'est interrogé sur l'avenir de Financière CI, de Franklin Templeton, d'Invesco Canada et de Société financière IGM. Rappelons que Franklin Templeton appartient à Franklin Resources, et que Financière Mackenzie et Groupe Investors font partie d'IGM, détenue à 67 % par Power Corporation.

Selon l'analyste, les marges diminuent en raison de la popularité des fonds négociés en Bourse (FNB), de l'interdiction possible des commissions intégrées et du déclin des ventes nettes chez les manufacturiers indépendants.

Dans une note de recherche publiée le 11 avril 2017 et intitulée M&A in Canadian asset management: why it could actually happen this time, Scott Chan signale qu'en 2016 les ventes nettes de FCP au Canada ont atteint 30,5 G$, une baisse de 47 % par rapport à 2015.

Parallèlement, les ventes nettes de FNB progressent à un taux annuel composé de 24 % depuis 2008. Rappelons que celles-ci s'élevaient à 16 G$ au Canada en 2016. Selon lui, le paysage canadien des FNB ressemblera un jour ou l'autre à celui des États-Unis, où les FNB représentent 16 % de l'assiette des fonds d'investissement. Au Canada, c'est deux fois moins, soit 8 %.

En 2016, les grands indépendants ont traversé une année plutôt difficile. Selon les chiffres de Canaccord Genuity, les ventes ont été écrites à l'encre rouge chez CI (-6 G$), Franklin Resources (-80 G$) et IGM (-131 M$). Au contraire, Invesco a affiché des ventes nettes de 13 G$, que Scott Chan attribue à sa forte gamme de FNB. « Nous croyons que les FCP activement gérés d'Invesco ont enregistré des sorties nettes en 2016 », indique-t-il.

Un vent souffle

Le vent de la consolidation souffle sur la scène mondiale de la gestion d'actif. En 2016, Aberdeen Asset Management a été acquise par Standard Life (Écosse), ce qui produira un géant de 985 G$ d'actif sous gestion. De même, Henderson Group a été avalée par Janus Capital, qui totalisera quelque 415 G$ d'actif sous gestion.

Or, rappelle Scott Chan, les mêmes causes ont généralement les mêmes effets.

« Les grands gestionnaires canadiens indépendants subissent les mêmes pressions que celles qui ont touché Aberdeen, Standard Life, Henderson Group et Janus Capital, soit l'érosion de leurs marges bénéficiaires », dit-il.

Des synergies possibles

En théorie, les fusions et les acquisitions améliorent les résultats.

Selon les simulations de Scott Chan, les rationalisations issues d'une fusion entre CI et Mackenzie seraient substantielles, atteignant 17,2 % des coûts d'exploitation, ou 110,1 M$.

L'analyste de Canaccord Genuity envisage d'autres fusions possibles, entre CI et Franklin Templeton et entre CI et Invesco. Toutefois, dans ces deux derniers cas, les synergies sont moins intéressantes, car elles représentent 10,4 % des coûts d'exploitation, ou 66 M$.

« À un moment donné, sous la pression des actionnaires, les grands gestionnaires indépendants d'actif devront agir », martèle Scott Chan.

Un scénario prématuré

Les scénarios de Canaccord Genuity sont hypothétiques. Cependant, ils donnent l'occasion de réfléchir sur l'avenir de l'industrie des FCP.

« En fonds communs, les coûts de distribution sont élevés. Il y a une forte tendance à la banalisation des produits et à la baisse de la marge bénéficiaire. En revanche, je ne pense pas que les actionnaires des grands manufacturiers indépendants sont prêts à vendre leurs participations aux conditions prévalant actuellement dans le marché. Ils pensent que le marché sous-évalue leurs entreprises », dit Jean Morissette, qui fut cofondateur de Gestion financière Talvest et président de Services financiers Partenaires Cartier pour le Québec.

Ainsi, les américaines Franklin Resources et Invesco ont des stratégies mondiales. « Pourquoi renonceraient-elles au marché canadien alors qu'elles sont fortement implantées aux États-Unis et dans le monde ? » se demande ce connaisseur de l'industrie des FCP.

Et Investors n'aurait pas intérêt à acquérir CI en raison de sa large palette de produits et de sa grande efficacité. « Je ne vois pas la raison pour laquelle Power Corporation vendrait Mackenzie. Ni où se trouveraient les économies d'échelle d'importance entre Mackenzie et CI », dit Jean Morissette.

De plus, les actionnaires de CI ne seraient pas prêts à lever le drapeau blanc.

« CI est très, très bien gérée. Sa gamme de produits couvre beaucoup de terrain. Je crois que les actionnaires de CI sont prêts à faire des achats, mais qu'ils ne sont pas prêts à vendre l'entreprise. À mon avis, ils pensent que le marché n'évalue pas CI à sa pleine valeur. Je crois qu'ils voudront se donner du temps afin que le marché intègre éventuellement ce qu'ils croient être la juste valeur boursière de CI », dit Jean Morissette, maintenant consultant auprès de firmes de gestion de patrimoine.

Le scénario de Scott Chan pourrait toutefois devenir pertinent dans deux ou trois ans.

« Comme chez CI, les actionnaires des manufacturiers indépendants espèrent que leurs évaluations boursières augmenteront avec le temps, mais il est loin d'être certain que ce sera le cas pour les raisons mentionnées. Je pense que dans deux ou trois ans, des institutions financières pourraient faire des achats parmi les indépendants n'ayant pas de réseaux de distribution. Leurs actionnaires auront eu le temps de se faire à l'idée que la valeur de leurs entreprises n'augmentera pas comme ils le souhaitent », dit Jean Morissette.

En ce sens, le scénario de Scott Chan serait prématuré, et peut-être aussi trop limité par rapport aux cibles d'acquisitions possibles.

En effet, il reste au Canada quelques manufacturiers indépendants de qualité, de taille moyenne et sans réseaux de distribution, qui pourraient faire de belles cibles d'acquisitions. Du moins, tel est le point de vue de Norman Raschkowan.

Auparavant chef des investissements chez Financière Mackenzie, Norman Raschkowan préside son propre cabinet de gestion de patrimoine, Investissements DixCarré.

Selon lui, Placements AGF est vulnérable à d'éventuelles offres d'achat qui pourrait provenir d'Europe et des États-Unis.

« Nous sommes sur le terrain de la pure spéculation. Cela dit, je crois qu'AGF pourrait être les tremplins pour le marché canadien de grands gestionnaires d'actif européens ou américains. Est-ce que l'actionnaire de contrôle d'AGF, la famille Goldring, sera toujours intéressée à s'occuper d'AGF ? Blake Goldring a la passion d'AGF. Mais en sera-t-il de même pour ses enfants? » se demande-t-il.

Concernant les scénarios de fusions impliquant Mackenzie, Norman Raschkowan envisage plutôt une fusion avec l'américaine Putnam. « Ces entreprises appartiennent à Power Corporation. Elles se ressemblent et les synergies pourraient être importantes », dit-il.

À suivre !

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