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Prématurée, l'abolition des FAR ?

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olegdudko / 123RF Banque d'images

En éliminant l'option d'achat avec frais d'acquisition reportés (FAR), Dynamique se limite, croit l'industrie.

Les Fonds Dynamique ont annoncé à la fin du mois de mars qu'ils n'accepteront plus les achats effectués par l'option avec frais d'acquisition reportés pour l'ensemble de leurs fonds, et ce, à compter du 30 juin 2017.

Selon le manufacturier de fonds communs de placement (FCP), cette décision suit les tendances qu'il observe dans l'industrie.

«Les conseillers se sont tournés massivement vers d'autres options d'achat convenant mieux aux objectifs de leurs clients», a expliqué Mark Brisley, directeur général et chef de Fonds Dynamique, lors de l'annonce.

Pour Dynamique, les FAR n'ont pas une importance notable, ce qui justifie sa décision.

«Je peux vous affirmer que l'option avec frais reportés est la plus faible que nous ayons sur le plan des entrées [de fonds]», a-t-il ajouté en entrevue avec Finance et Investissement.

Les représentants autonomes jugent au contraire que cette initiative des Fonds Dynamique est hâtive, considérant que ces derniers n'avaient aucune obligation réglementaire en la matière.

«Enlever l'option d'achat avec frais d'acquisition reportés, c'est peut-être un peu prématuré, mais c'est leur choix», souligne Gino Savard, président de MICA Cabinets de services financiers.

Malgré tout, ce changement est loin d'être la fin du monde pour ses conseillers, qui voyaient venir le coup.

«À l'heure actuelle, environ 80 % des revenus de MICA Capital n'ont pas de prélèvements de frais à l'entrée ou à la sortie. Nos revenus proviennent des trailer fees [commissions de suivi]», dit-il.

L'abolition de cette option vient couper l'herbe sous le pied des petits travailleurs autonomes, indique Flavio Vani, président et porte-parole de l'Association professionnelle des conseillers en services financiers (APCSF).

«Ils enlèvent le soutien à des travailleurs autonomes», affirme-il, ajoutant que les FAR ne coûtent rien aux investisseurs qui conservent leurs billes avec la même société de fonds.

L'option avec FAR permettait aux conseillers de mettre la main sur la commission à la vente du FCP, généralement de 5 à 6 %, et imposait des frais de sortie à l'investisseur qui liquidait son placement avant l'expiration du barème, qui est normalement de six à sept ans.

Lors de leur création, en 1987, par la famille de fonds Mackenzie, les FAR avaient permis à de nombreux conseillers et investisseurs de se relever des crises financières de l'époque.

Le modèle a duré une trentaine d'années et semble arriver à la fin de sa vie utile. L'industrie s'attend par ailleurs à ce que d'autres manufacturiers emboîtent le pas.

«Si nous regardons les concours de vente, il n'y avait aucune obligation, c'était une recommandation de l'Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes, dit Gino Savard. Il suffit qu'il y en ait une qui parte le bal, et les autres vont suivre.»

Jeunes conseillers

D'après les intervenants, les premiers touchés par l'abolition de cette option seront les jeunes conseillers et les investisseurs ayant un portefeuille moins bien garni.

«Un jeune conseiller ne peut pas y arriver en donnant du service et en travaillant seulement no-load [avec l'option sans frais d'entrée et de sortie], dit Gino Savard. C'est atroce [pour lui].»

Malgré l'impact limité pour le modèle d'affaires de MICA, son président reconnaît que de nouvelles solutions devront être mises au point pour les jeunes conseillers afin qu'ils puissent toucher une commission équivalente et développer leur clientèle, composée majoritairement de petits épargnants.

Ce sont d'ailleurs ces derniers qui risquent d'être plus froids à l'idée de rejoindre le marché, selon Flavio Vani.

Même son de cloche du côté du président de MICA, qui souligne que «la formule des FAR permet aux petits épargnants d'avoir accès à du conseil professionnel sans que ça leur coûte un bras».

Les Fonds Dynamique soutiennent pour leur part que d'autres options sont offertes aux conseillers et aux petits épargnants afin de répondre à cet enjeu.

«Nous avons quelques options de frais d'acquisition reportés modérés avec lesquelles nous sommes très à l'aise», explique Mark Brisley.

Dans les deux options avec frais d'acquisition réduits (low-load) proposées par Dynamique, c'est le manufacturier qui paie la commission de vente au nom de l'investisseur, comme dans une formule avec FAR. La principale différence touche le montant de la commission, qui diminue de moitié, à potentiellement 2 ou 3 %. Le barème de frais décroissants pour les frais de sortie passe quant à lui d'une fourchette de six à sept ans à une fourchette de deux à trois ans.

Le directeur général des Fonds Dynamique soutient d'ailleurs que ces options représentent maintenant ses plus importantes entrées de fonds.