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15.07.2009 - 09:36 - Léonie Laflamme Savoie

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Industrie

Earl Jones: les médias coupent les coins ronds

L’association faite dans les grands médias entre les services financiers indépendants et les risques de fraude inquiète et irrite les professionnels indépendants de la finance.

« Je ne suis pas très heureux de voir le lien que les grands médias tracent entre les cabinets et les représentants indépendants et ce charlatan d'Earl Jones, a soutenu Gino Savard, président de Mica Services financiers. Déjà que la confiance des consommateurs est au plus bas... »

Les grands médias ne semblent pas faire de différence entre les différents titres utilisés dans le secteur financier et mettent ainsi tous les professionnels dans le même panier originalement occupé seulement pas Earl Jones.

« Lorsque Céline Galipeau amorce son téléjournal en parlant d'Earl Jones comme d'un conseiller financier, c'est certain que ce n'est pas bon pour la profession », s'indigne Raymond Pratte, président du Regroupement indépendant des conseillers de l'industrie financière du Québec.

De son côté, Paul Dontigny Jr, président et fondateur d'Investissement PDJ qui se spécialise dans la gestion de portefeuille, soutient quant à lui que c'est la première fois qu'une nouvelle semblable suscite une réaction de la part de sa clientèle.

« C'est la première fois que ça affecte nos affaires, explique-t-il. Deux clients, que je connais depuis près de 25 ans, m'ont appelé afin de me poser des questions sur leur protection en cas de problème. Je ne suis pas inquiet, je sais que je suis rigoureux dans mon travail, mais ça affectera certainement la perception des nouveaux clients qui viendront me voir la semaine prochaine.»

Comment est-ce possible?

Les deux chefs d'entreprise se disent étonnés de savoir qu'Earl Jones a sévi durant plus de 40 ans sans ne jamais être détecté par aucune autorité en place. Pour Paul Dontigny, la fraude est possible, mais très difficile avec la réglementation actuellement en place.

« Ce qui m'étonne c'est qu'il a même contracté des emprunts pour ses clients et que les banques où ces prêts ont été faits n'ont jamais constaté que quelque chose clochait, souligne-t-il. Il faut se souvenir qu'il n'était pas inscrit auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Si quelqu'un veut frauder, c'est certainement plus facile de le faire en étant en dehors du système. »

« L'AMF n'a tout simplement pas assez de budget pour bien faire tout ce travail », ajoute-t-il.

Gino Savard craint quant à lui que cette malheureuse histoire n'amène de nouvelles réglementations qui viendraient s'ajouter à un fardeau légal déjà très lourd pour les plus petits cabinets. Il souligne d'ailleurs que les fraudeurs agissent très rarement au sein des familles de fonds connues et contrôlées par les autorités.

« Je me demande vraiment comment quelqu'un peut gérer entre 30 et 50 millions de dollars au Québec sans que l'AMF s'en rende compte, indique-t-il. Il ne faut pas suréglementer les mêmes personnes, il faut plutôt encourager les gens à questionner, à s'informer et s'assurer d'avoir des interlocuteurs à l'AMF afin de répondre aux questions des clients. »

Exode vers les banques à prévoir?

Plusieurs grandes banques semblaient croire que l'affaire Earl Jones allait probablement pousser de nombreux clients vers la « sécurité des grandes institutions financières ». Gino Savard ne croit pas à cette théorie.

« J'ai hâte de voir quel sera l'impact réel de tout ça, avance-t-il. Je serais très étonné de constater un revirement complet de la tendance. C'est quand même triste puisque l'industrie des services financiers indépendants est quelque chose en quoi je crois et qui a beaucoup d'importance. »

Pour Paul Dontigny, c'est un faux débat puisque la sécurité n'est pas nécessairement garantie au sein des banques.

« Il y a beaucoup moins de risques de se faire voler, comme dans le cas d'Earl Jones, dans une grande banque, avoue-t-il. Mais les médias ne mettent pas les mêmes efforts à rapporter des choses comme les modes de rémunération des représentants et certaines autres choses qui forment des abus beaucoup plus discrets, mais tout aussi coûteux au sein des banques. »

Selon Raymond Pratte, les clients des cabinets indépendants seraient tout aussi bien protégés que ceux des banques puisque « si la fraude survient chez le manufacturier le client sera indemnisé », et ce, pour autant que le conseiller indépendant soit inscrit et fasse affaire avec des sociétés reconnues.

Une chose fait toutefois l'unanimité : les clients doivent être éduqués davantage. Non seulement sur les produits, selon Paul Dontigny, mais également sur les modes de rémunération des professionnels afin d'en faire des investisseurs beaucoup plus avertis.

Gino Savard déplore d'ailleurs que les cours d'économie aient été retirés du programme d'éducation secondaire : « On retire l'enseignement de notions économiques de base à un Québec qui en a besoin comme jamais. »

 

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