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À l'aube d'une nouvelle ère en FCP ?

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zhudifeng_123RF Banque d'images

Une nouvelle structure de frais basés sur la performance pourrait chambouler l'industrie des fonds communs de placement (FCP) et freiner la croissance des fonds négociés en Bourse (FNB).

Fin juin, le géant américain AllianceBernstein (515 G$ US en actif sous gestion) a mis en marché AB FlexFee. Les frais de cette série de fonds activement gérés découleront des rendements sur 12 mois comparativement aux indices de référence.

Par exemple, si la performance du fonds d'actions américaines AB FlexFee ne dépasse pas celle du S&P 500, les frais s'établiront à 0,10 %. Cependant, si les rendements dépassent l'indice d'au moins 140 points de base, les frais atteindront 0,60 %. Et s'ils le surclassent d'au moins 280 points de base, ils seront d'au plus 1,10 %.

Lors d'une conférence téléphonique avec des analystes boursiers, le président d'AllianceBernstein n'a pas caché son sentiment d'urgence. Après avoir évoqué la concurrence acharnée que livrent les stratégies passives et les FNB, Peter Kraus a souligné qu'il fallait tenter «quelque chose de différent».

«À moins de changer nos façons de faire, on ne pourra pas contrer la tendance à l'augmentation des ventes des produits passivement gérés. Nous voulons que nos clients soient heureux de nous payer lorsque nos fonds donnent de bonnes performances», a précisé le patron d'AllianceBernstein.

Un deuxième grand manufacturier, Fidelity International (258 G$ US en actif sous gestion), s'est mis de la partie. Début octobre, cette filiale de Fidelity - active hors des continents nord et sud-américains - a annoncé la création d'une catégorie de fonds à frais variables. Les frais seront liés aux performances des fonds sur trois ans par rapport aux indices de référence.

La direction de Fidelity International a cerné l'importance stratégique de cette nouvelle façon d'établir ses frais de gestion. «Nous nous éloignons d'un modèle de tarification forfaitaire en raison des attentes des clients et des autorités réglementaires», a signalé Brian Conroy, président de Fidelity International.

L'industrie aux aguets

Qu'en pensent les manufacturiers de FCP du Québec et du Canada ? Bien malin qui pourrait le dire, nos demandes d'entrevues ayant été déclinées.

«Dans l'industrie, on s'observe les uns les autres. Nous sommes tous à l'affût des innovations. Ce sujet est très délicat, car le prix, c'est le nerf de la guerre», nous a confié un participant sous le couvert de l'anonymat.

Preuve qu'on s'observe et que les règles du jeu peuvent changer en un tournemain, le colosse Franklin Resources (747 G$ US en actif sous gestion) - propriétaire de Placements Franklin Templeton - s'est dit en profonde réflexion au sujet de la nouvelle structure de frais impulsée par AllianceBernstein.

En conférence téléphonique avec des analystes boursiers, Gregory Eugene Johnson, président du conseil et PDG de Franklin Resources, a fait état «des pressions grandissantes sur les prix». Selon lui, «débourser pour de l'alpha est de plus en plus sensé. Si c'est ce que les clients préfèrent, nous nous y adapterons. En définitive, nous sommes ouverts à ce genre de formule [de frais basés sur la performance] et nous pensons qu'elle prendra de l'expansion», a affirmé le grand patron de Franklin Resources.

Opinions divergentes

Cette nouvelle façon d'envisager les frais du manufacturier attire l'attention et suscite l'inquiétude des conseillers.

«A priori, je ne détesterais pas avoir ce genre de formule à ma disposition. Peut-être que nous sommes rendus là ! Je cherche les fonds qui battent les indices et je suis prêt à payer des primes de performance», soutient Sylvain De Champlain, planificateur financier, conseiller en sécurité financière et président de De Champlain Groupe financier.

En revanche, son confrère André Martel, président d'André Martel et associés - Services financiers, craint que les gestionnaires prennent trop de risques afin de hausser leurs performances.

«Je planifie à long terme afin que mes clients aient la tranquillité d'esprit des rendements stables. Il est rare qu'en fin d'année des clients me demandent s'ils ont battu les indices. D'après moi, cette approche n'aidera pas le client à maintenir ses objectifs», dit ce planificateur financier, conseiller en sécurité financière et représentant en épargne collective.

André Martel ajoute que la formule de frais basés sur la performance «pourrait inciter les gestionnaires à prendre davantage de risques à court terme et augmenter la volatilité».

Sylvain De Champlain rétorque que si les rendements ne sont pas au rendez-vous, les manufacturiers seront alors pénalisés. «Les gestionnaires de fonds auront intérêt à ne pas prendre de risques inconsidérés, car ils seront dans le même bateau que les consommateurs», dit-il.

«Il était temps !»

Responsable de la recherche mondiale chez Morningstar (États-Unis), l'Américain Jeffrey Ptak croit que la nouvelle formule de frais d'AllianceBernstein pourrait mieux aligner les intérêts des consommateurs et des manufacturiers.

«Par cette formule, les manufacturiers et les gestionnaires mettront leurs propres intérêts en jeu. Il était temps !» affirme-t-il.

Selon lui, l'efficacité de la formule des frais variables dépendra des critères de rémunération des gestionnaires de fonds.

«Si la rémunération des gestionnaires dépend des rendements à court terme, alors oui, le risque de prendre des décisions imprudentes et téméraires augmentera. Mais soyons clairs : tous les manufacturiers peuvent d'ores et déjà structurer la rémunération de leurs gestionnaires de façon à favoriser des résultats à court terme», dit-il.

Un concept à perfectionner

Vétéran de l'industrie, Jean Morissette ne cache pas son enthousiasme. «La structure de frais basés sur la performance est un excellent concept. Mais elle ne s'applique pas à toutes les circonstances», prévient-il.

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