Finance et investissement - Émergence des fonds de dette privée
Concours
 
See also Investment Executive Samedi 20 janvier 2018 FINANCE ET INVESTISSEMENT en page d'accueil

Finance Investissement

Finance et Investissement.com

Émergence des fonds de dette privée

Envoyer à un ami

1 2
nouvelle vedette
samuraitop / 123rf

L'adoption des fonds de prêts privés s'accélère dans les marchés de plein exercice et dispensés. L'émergence de nouveaux produits dans cette gamme de fonds auparavant méconnue et nichée suscite l'intérêt d'un nombre grandissant de conseillers.

Le prêt privé est notamment en augmentation parce qu'il prend une place que les banques n'occupent pas dans le marché. Depuis la récession de 2008, plusieurs réformes réglementaires ont eu un impact direct ou indirect sur la capacité de prêter des institutions financières.

Ces réformes ont forcé les banques à apparier une certaine partie de leurs capitaux propres pour chaque dollar prêté, à ne pas dépasser un ratio de levier précis et à attribuer le capital proportionnellement au niveau de risque des prêts.

Les banques doivent donc restreindre leurs activités commerciales ou lever du capital pour augmenter leurs actifs (dont les prêts font partie). Lever des capitaux propres a un coût, et ce coût est encore plus élevé pour des prêts plus risqués, puisque davantage de capital doit être attribué à ces emprunts.

Ces facteurs ont amené les institutions financières à resserrer leurs critères pour consentir des prêts. En conséquence, des prêteurs «alternatifs» ont émergé.

Plus qu'une mode

Cela dit, les prêts privés ne sont pas forcément de mauvais prêts, sous prétexte que les banques les auraient boudés parce qu'elles les jugent trop risqués. Souvent, les besoins en financement des entreprises nécessitent une flexibilité que les banques ne peuvent offrir.

Par exemple, les critères des banques exigent de leurs emprunteurs des ratios de capitaux propres que de nombreuses entreprises en croissance n'atteignent pas toujours. Également, les entreprises peuvent avoir besoin des prêteurs non bancaires parce que les actionnaires ne veulent pas lever des capitaux propres et que leur participation se trouve diluée.

De plus, une banque peut parfois prendre des semaines, voire des mois, avant d'accorder un prêt. De leur côté, les entreprises souhaitent profiter d'occasions ou doivent réaliser certaines transactions dans des délais plus courts.

Également, il y a plusieurs secteurs dans lesquels les banques n'ont pas d'expertise leur permettant de bien évaluer le risque. Elles ont aussi parfois eu de mauvaises expériences dans certains secteurs et ont décidé de s'en retirer. Ces éléments créent de l'espace pour des prêteurs privés capables de bien évaluer le risque et de faire le suivi de créances dans des secteurs spécifiques.

De l'autre côté de l'équation, les épargnants cherchent des façons d'obtenir des rendements attrayants compte tenu des bas taux d'intérêt. Depuis plusieurs années, une prise de risque accrue s'est effectuée dans le marché des obligations à haut rendement, ce qui a le potentiel de hausser significativement la volatilité en cas d'incertitude sur les marchés publics. Les titres à haut rendement sont liquides puisqu'ils se négocient sur un marché organisé, mais ils le sont beaucoup moins qu'auparavant et la liquidité peut s'effriter rapidement dans une crise de crédit.

Dans ce contexte, des solutions de rechange permettant de bonifier le rendement tout en limitant la volatilité peuvent être alléchantes.

Les institutionnels, premiers dans la danse

Ce sont surtout les investisseurs institutionnels qui ont été les premiers à s'intéresser aux prêts privés. Bien que les financements les plus importants se fassent directement de gré à gré, surtout chez les gros investisseurs disposant d'équipes complètes pour ficeler des transactions d'envergure, de nombreux gestionnaires de fonds de dette privée obtiennent leurs premiers engagements significatifs de caisses de retraite ou de fonds de fonds. Ce phénomène crée un climat de confiance important pour attirer de nouveaux investisseurs.

Le volume de prêts privés a presque quadruplé entre 2006 et 2016, selon la société Preqin, un des plus importants fournisseurs de données en placement alternatif. Cette firme note à la fois cette forte augmentation du volume, mais aussi l'intention, de la part des investisseurs institutionnels, de maintenir ou d'augmenter l'exposition à cette catégorie d'actifs dans l'avenir.

Actuellement, une démocratisation de ce marché s'effectue grâce aux fonds offerts par notice d'offre aux investisseurs accrédités.

Large éventail d'actifs potentiels

Les fonds maintenant disponibles sont assez variés, mais divisés en quelques grandes catégories. Celle qui en compte le plus est certes celle du prêt immobilier. On peut penser, entre autres, à la société Romspen et à son fonds de prêts commerciaux à court terme, son seul fonds distribué, dont l'actif est d'environ 2 G$. D'un certain intérêt est également le fonds d'hypothèques résidentielles Westboro, distribué par Kensington Capital, qui est plus petit et concentré sur des prêts hypothécaires aux particuliers dans les régions d'Ottawa-Gatineau et de Kingston. Ou encore les produits de Trez Capital, société offrant divers fonds à degrés de risque variables en prêt immobilier commercial. Un rare acteur de cette catégorie qui soit suivi par Morningstar est le fonds d'hypothèques commerciales ACM, un des principaux prêteurs alternatifs au Canada avec environ 2,5 G$ d'actifs.

Chacun de ces fonds a un processus d'investissement précis et un degré de risque qui lui est propre. Certains d'entre eux ont une concentration géographique ou sectorielle, tandis que d'autres sont très diversifiés. Certains fonds financeront davantage des terrains, d'autres financeront plutôt des bâtiments ou de la construction, par exemple.

1 2