02.07.2009 - 08:09 - Stéphane Desjardins
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Tendances: On ne retient rien de l’histoire
Les êtres humains retiennent rarement les leçons de l’histoire. Prenez le cas de la banque Barclays, un géant européen au bord du gouffre, maintenu artificiellement en vie par le gouvernement britannique.
Bloomberg.com mentionne que si la banque s'en était tenue à sa tradition de saine gestion du risque, basée sur un équilibre délicat entre les actifs et les passifs, au lieu de centrer son attention sur l'obtention de parts de marchés, la banque ne se serait pas retrouvée dans le méga pétrin actuel. « Cachés dans un entrepôt bleu anonyme à 230 km au nord-ouest de Londres se trouvent des relevés historiques qui montrent le chemin à suivre pour les banquiers impatients de la City » explique Bloomberg, dans un texte intitulé « Barclays Maroons Secret of Stable Banking in Suburb »Durant presque tous les 319 ans de la banque, ces relevés nous apprennent que l'institution a connu le succès en se préoccupant davantage de sa rentabilité que de la croissance. « Le changement historique de perspective, vers la croissance à tout prix, a contribué à la bulle financière qui a mené à la crise actuelle », constate Bloomberg. L'entrepôt de Manchester abrite des km de tablettes démontrant que la gestion d'une banque était une affaire différente au 18e siècle, à une époque où l'auteur Daniel Defoe était client, alors qu'il écrivait « Robin Crusoé ».
Dans les années 1700 et 1800, les banquiers se demandaient tout simplement d'où l'argent venait et où il allait. Et s'ils pouvaient se permettre d'allouer, au passage, une portion de ce capital à titre de profit... si tout le reste balançait sur leurs livres.
Le plus vieux livre de comptes de la banque est un bilan comptable datant de 1733. Il contient 20 pages jaunies de créanciers et d'emprunteurs, inscrit à la main avec une plume fontaine utilisant de l'encre végétale. En comparaison, le rapport annuel 2008 de la banque se concentre surtout sur les profits et les revenus.
Autrefois, le bilan comptable était un document central pour une banque. Notamment si vous vouliez prouver votre solvabilité à vos actionnaires et déposants, mentionne Bloomberg. Mais avec l'expansion du crédit durant la dernière bulle financière, les banques ont perdu de vue l'importance d'équilibrer les comptes.
Les patrons de la Barclays ont reconnu qu'il y avait un tel déséquilibre devant le Parlement anglais il y a quelques mois. « Il y avait une croissance asymétrique des actifs par rapport au passif » a alors admis John Varley, le PDG de la Barclays, reconnaissant que les dirigeants de la banque ont trop emprunté et... trop prêté.
Les banquiers d'aujourd'hui se sont égarés dans la bataille des parts de marchés au lieu de suivre les leçons de Luca Pacioli, un mathématicien italien et prêtre franciscain, ami de Leonardo de Vinci. Ce dernier a, en 1494, codifié précisément la manière d'équilibrer les livres comptables de la Venise de la Renaissance.
Cette distraction ne date pas d'hier. Les archivistes de la Barclays ont permis de découvrir que le premier état financier de la banque remonte à 1896, alors qu'elle a fusionné avec 19 autres institutions. L'année suivante, elle a inscrit son premier profit net dans un rapport de dix lignes inscrit sous le bilan comptable. En 1914, la Barclays inscrivait pour la première fois un rapport portant sur les profits et pertes occupant les deux cinquièmes d'une page de son bilan. En 1958, ce rapport fut indiqué pour la première fois AVANT le bilan comptable dans son rapport annuel.
Lorsque la banque est devenue publique, en 1902, elle a embrassé une culture focalisée pleinement sur les revenus et les dividendes versés aux actionnaires. L'emphase est, depuis, mise sur la capacité de générer des profits, davantage que sur le talent des gestionnaires.
« Il faut remettre cela en question et apprendre des leçons du passé », affirment les sources citées par Bloomberg, des professeurs et financiers britanniques. En somme, il faut revenir aux sources du métier de banquier.
L'Islande vit son Enron national
La déconfiture des banques islandaises, qui a amené le pays en faillite technique, mobilise l'opinion publique de ce petit pays de l'Atlantique Nord. La population, médusée, assiste à la descente aux enfers de ceux qui furent, il n'y a pas si longtemps, de véritables stars locales : les banquiers icelandais.
« Les super-riches islandais étaient autrefois des héros. Ils étaient des entrepreneurs qui ont revigoré la ferté d'un petit pays, parti à la conquête des économies européennes. Mais la déconfiture de la monnaie et du système bancaire islandais a ébranlé le pays. Des milliers de gens ont perdu les économies d'une vie, le taux de chômage a grimpé à 9% et les taux d'intérêts ont culminé à 18%. Les manifestations populaires ont eu raison du gouvernement et du gouverneur de la banque centrale », écrit le Telegraph de Londres dans un article intitulé « Iceland banking inquiry finds murky geysers runs deep ».
Le spectacle s'est déplacé dans l'arène juridique et toute la communauté financière islandaise est sous les projecteurs. Depuis que le gouvernement a saisi les trois plus importantes banques du pays, Glitnir, Landsbanki et Kaupthing, les Islandais sont révoltés. On voit même des vidéos sur You Tube portant sur les banquiers islandais tournés sur le mode du Parrain.
Pendant que les banquiers jouent à l'homme invisible, les régulateurs font enquête. Et ce que les limiers ont trouvé ressemble à une fraude massive de type Enron, rapporte le ministre des Finances, Gylfi Magnusson. Une vingtaine d'enquêteurs et une procureure vedette franco-norvégienne, Eva Joly, qui a mené la plus importante enquête de fraude de l'histoire de l'Europe (l'affaire Elf Aquitaine), travaillent sur ce projet. Ils affirment que l'enquête devrait durer au moins trois ans.
Alors que tout le monde croyait que l'Islande n'était qu'une victime de la crise financière mondiale, les Islandais découvrent avec stupéfaction que leurs banquiers se sont livrés à des activités illégales.
Ainsi, la moitié des prêts accordés par les banques islandaises l'ont été à des holdings privés qui avaient, au sein de leurs actionnaires, ces mêmes banques ou les actionnaires des banques! Les enquêtes portent aussi sur des allégations de manipulations boursières, de délits d'initiés et autres manquements à l'obligation du secret et au respect des droits des actionnaires. On soupçonne les dirigeants des banques d'avoir investi les placements de leurs clients investisseurs individuels ou institutionnels dans des entreprises leur appartenant, sans aucune forme d'autorisation.
Les enquêtes portent aussi sur les prêts accordés aux employés des banques, qui leur permis d'acheter des actions de leurs employeurs. Dans certains cas, les employés avaient créé des holdings qui rachetaient les actions des banques avec des prêts accordés par ces mêmes banques. Souvent, les prêts étaient accordés en utilisant comme collatéral les actions des banques qui étaient achetées grâce à ce financement.
Les limiers enquêtent également sur des allégations de prêts accordés selon des critères « non conventionnels » à des politiciens islandais. Même la presse icelandaise est critiquée pour ses liens trop rapprochés avec le pouvoir. Des dizaines de blogues, dont celui de l'ancien ministre des Finances, Bjorn Bjarnson, accusent les médias d'avoir dépeint les banques et leurs dirigeants sous un jour favorable alors que ces dernières jouaient à la roulette russe avec l'argent du public.
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