Finance et investissement - De l'Italie à Chicoutimi
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De l'Italie à Chicoutimi

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Top 25 - N'eut été de sa méconnaissance du territoire québécois, Valérie Cecchini n'aurait peut-être jamais fait une carrière en finance.

Lorsque cette gestionnaire de portefeuille d'origine italienne, née en France, a choisi de s'établir au Québec et de s'inscrire à l'Université du Québec à Chicoutimi, elle croyait déménager quelque part en banlieue de Montréal.

«À la gare, quand j'ai vu qu'il fallait reprendre un autre autobus et faire cinq heures de route pour se rendre là-bas, je me suis demandée dans quoi je m'étais embarquée !» dit-elle.

Elle n'a jamais regretté son choix. Car c'est là, à des lieux du parquet de la Bourse et des milieux financiers, que cette mordue de plein-air et de voyages est tombée en amour avec le Québec et la finance. «J'ai eu des professeurs passionnés, qui donnaient des exemples concrets de financement d'entreprises et d'erreurs qui sont faites parfois.»

Après avoir terminé son baccalauréat en administration des affaires, Valérie Cecchini a fait une maîtrise en finance à HEC Montréal. Cette année-là, deux femmes seulement obtiennent le diplôme sur une cohorte de huit finissants.

Elle poursuit ensuite sa formation en décrochant les titres de CFA (analyste financier agréé), CPA (comptables professionnels agréés) et CGA (comptables généraux accrédités).

Elle a débuté sa carrière chez Investissements Standard Life et depuis 2012, elle est vice-présidente et gestionnaire de portefeuille chez Groupe Investors, où elle gère quatre fonds : le Fonds Découvertes États-Unis, composé d'actions américaines de moyenne capitalisation, le Fonds Summa Investissement socialement responsable (actions nord-américaines), le Fonds d'actions mondiales Global Science & Technologie ainsi qu'un fonds d'actions américaines de moyenne capitalisation de base.

«J'ai toujours pris les secteurs dont personne ne voulait : la santé, les technos et la croissance !» dit-elle à la blague. L'ensemble de son portefeuille, qui valait 300 M$ à son arrivée, équivaut aujourd'hui à un actif de plus de 1,4 G$.

Elle doit sa réussite à sa rigueur, mais aussi à une vision holistique de la finance, où il n'y a pas de barrière étanche entre les disciplines et où les rendements ne font pas foi de tout. «Dans les fonds, 75 % de l'actif est lié aux éléments intangibles, au goodwill de l'entreprise, qu'il faut savoir cerner.»

Elle est sans doute l'une des rares gestionnaires de portefeuille, par exemple, à utiliser les étapes du deuil de la chercheure en psychologie Elizabeth Kübler-Ross pour évaluer les entreprises en restructuration.

«En écoutant les mots utilisés par les dirigeants, on se rend compte qu'ils passent exactement par les mêmes étapes de déni, de colère, de marchandage et d'acceptation», constate Valérie Cecchini.

La gestionnaire tient un journal de bord dans lequel elle collige toutes ses décisions concernant un titre. «En cas de turbulence, ça m'évite de prendre des décisions trop rapides en me rappelant pourquoi je suis dans ce titre. Et quand le titre a bien performé, je revisite l'histoire aussi en écrivant pourquoi je le garde ou pourquoi je le vends.»

Sa carrière a été couronnée de deux prix FundGrade A+ de Fundata en 2014 et 2015 pour la performance supérieure du Fonds Découvertes États-Unis. En 2007, alors qu'elle travaillait chez Standard Life, elle a reçu le prix du meilleur Fonds d'actions canadiennes à faible capitalisation remis par CI Investments.

Le Fonds Découvertes États-Unis qu'elle gère s'établit dans le premier quartile sur 3, 5, 10 ans, signe qu'il surpasse ses pairs de la même catégorie.

Pour elle, la réussite se mesure à la réussite de son équipe et au partage d'informations entre ses membres. «La taille des actifs est nécessaire mais ce n'est pas suffisant», dit-elle.

Chez Investors, Valérie Cecchini a la responsabilité d'intégrer l'approche environnementale, sociale et de gouvernance au sein de l'équipe de gestion et de recherche. «Pour moi, le concept d'investissement responsable transcende tous les types de fonds. Une entreprise qui respecte ses clients et ses employés gardera le cap, beau temps mauvais temps. C'est un gage de durabilité.»

Elle prône aussi une culture d'entraide dans un milieu où un star system a longtemps résidé et réside encore. «Quand j'ai commencé, j'avais un patron qui terminait toujours ses réunions en disant : take care of each other. Je crois que notre réussite est plus liée à notre degré d'empathie qu'à la soif de gagner à tout prix.»

Pour elle le domaine de la finance a tout à gagner à se décloisonner pour assurer son avenir. «La finance est un domaine tellement vaste et diversifié qu'il y a de la place pour tout le monde, les matheux, les sociologues, les pensifs et les actifs. La curiosité, la soif d'apprendre et de faire une différence, comme dans tous les métiers, sont la clé d'une vie enrichissante.»