Tendances: les banques canadiennes, ces stars
29.04.2009 - 08:19 - Stéphane Desjardins

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Dans le magazine Bloomberg Markets de mai, un article intitulé : « Canada’s Winning Banks ». Le magazine affirme que « ces endormants de prêteurs du nord ont gagné plus de 12G$CAN l’an dernier sans aucune aide gouvernementale. » Le magazine ajoute que d’autres pays prêtent attention à nos banques, considérées comme les meilleures du monde par les temps qui courent.
On comprend l'admiration des journalistes américains pour nos banques : pas un sou d'aide gouvernementale ne leur est alloué alors que, de par le monde, les banques ont pratiquement toutes été rescapées par leurs gouvernements respectifs. Encore mieux : nos banques déclarent de plantureux profits alors que leurs consoeurs des autres pays baignent dans le rouge.
Les ministres des Finances du G20 envient Jim Flaherty. Il a même déclaré à Bloomberg que ses homologues lui ont presque tous dit, lors de divers sommets, qu'il avait de la chance d'avoir ces banques si ennuyeuses sous sa supervision!Le magazine explique que la partie ennuyeuse de cette histoire à succès vient simplement de pratiques très conservatrices de nos banques en matière de prêts. Et du peu d'intérêt des banquiers canadiens pour les prêts sous standards (subprimes) et les PCAA.
Bloomberg mentionne au passage que la capitalisation boursière de la Banque Royal, la troisième banque en Amérique du Nord, a surpassé en mars celles de certaines des plus grandes banques du monde, comme Citigroup et Royal Bank of Scotland!
Bloomberg ne dit mot toutefois sur la Banque Nationale ou le mouvement Desjardins, lourdement affectés par les PCAA.
La rue des rêves brisés
C'est ainsi que titre Bloomberg Markets, à propos de Wall Street et de la City de Londres. En couverture, cette phrase qui dit tout : « Des dizaines de milliers de travailleurs disent adieu à leur paie, à leurs avantages et à leur prestige. »
Avec ses photos de financiers parmi leurs boîtes de carton, méditant dans des parcs publics habillés de leurs complets griffés, en train de peinturer leur condo ou d'égrener la matinée sur les verts, le reportage insiste sur les histoires pathétiques de professionnels et cadres intermédiaires de la finance new-yorkaise ou londonienne. Des histoires d'expatriés mis au chômage du jour au lendemain, forcés de revenir à leurs frais à la maison, sans avenir professionnel. Et, surtout, sans la fierté et l'excitation d'appartenir à la grande famille de la haute finance internationale. « Nous sommes désormais la cible préférée de l'opinion publique », explique un ancien cadre responsable des titres de CDO chez Morgan Stanley. Clairement, les cadres intermédiaires paient de leur réputation les excès des dirigeants des firmes financières, qui empochaient les fameuses primes multimillionnaires, même si leur firme était au bord du naufrage.
Certains choisissent de s'expatrier dans des destinations exotiques, comme ce cadre de Lehman Brothers qui a quitté Manhattan pour s'établir à Lima, au Pérou. Bloomberg mentionne qu'un grand nombre de nouveaux chômeurs de la finance retrouveront leur poste une fois la crise terminée. Mais pas tous. Ils sont nombreux ceux qui retournent dans leur ville d'origine pour devenir... pâtissier.
Le magazine s'étend longuement sur les témoignages de ceux et celles qui ont été jetés à la poubelle par des banques et des financières au bord de l'implosion. On décrit la façon dont les gens vivent un stress inouï alors que les cubicules autour d'eux se vident inexorablement chaque jour et que le travail s'accumule. Puis, un matin, c'est le patron qui vous appelle à son bureau, où se forme un groupe de représentants des ressources humaines et de la haute direction. C'est l'annonce quasi fatale. Le formulaire de renoncement à toute poursuite. Et l'escorte vers la sortie. « En 17 ans de mariage, je ne l'ai jamais vu pleurer », déclare une femme de banquier.
Bloomberg décrit la baisse dramatique de niveau de vie de ces gens habitués à une aisance certaine et qui travaillaient au centre du monde. Les survivants de la crise se demandent comment leurs voisins ou collègues chômeurs s'en tirent, avec les loyers ou hypothèques élevées et les enfants au collège privé.
Le magazine s'étend aussi sur la chute spectaculaire du cours des actions de leurs employeurs. Sur la baisse des revenus des gouvernements provenant des impôts payés par les financiers mis à la porte de Wall Street et de la City. Sur la chute du chiffre d'affaires de tous les fournisseurs des firmes financières (firmes technologiques, traiteurs, restaurants, consultants, etc.). Et sur la hausse spectaculaire du taux d'inoccupation des tours à bureaux de ces deux quartiers financiers.
Le temps de rembourser?
The Economist s'attarde sur la volonté des banques américaines de recommencer à rembourser Oncle Sam, comme l'a annoncée Goldman Sach il y a quelques jours. Dans un texte d'opinion intitulé « Payback Time », le magazine s'interroge toutefois sur la capacité de ces banques à le faire.
Pour y arriver, une banque doit émettre de nouvelles actions ou retenir ses dividendes. Elle ne doit pas diminuer sa capacité à prêter ou à emprunter, ce qui affecterait la confiance qu'on lui accorde. Or, le plan de sauvetage visait justement à maintenir ce taux de confiance.
The Economist doute quelque peu de la capacité de Goldman à pouvoir rembourser l'aide gouvernementale. Le magazine affirme que les récents, et juteux, résultats affichés par la banque reposent trop lourdement sur des activités de négociation fort volatiles. Mais ses ratios de capital sont solides (un autre critère jouant en faveur d'un remboursement). Goldman devrait passer les fameux tests de « stress de capital » qu'entend imposer Washington d'ici peu. Ce sera le moment de vérité pour de nombreuses financières américaines. Et pour l'équipe économique de Barack Obama.
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