01.05.2009 - Christian Benoit-Lapointe
ImprimerAssurances
La prochaine vague de la crise : les assureurs américains
Les problèmes d'AIG ne se-raient que la partie émergée de l'iceberg. Selon le Wall Street Journal, le ré-gulateur a déjà pris le contrôle de compagnies dont les polices sont détenues par plus d'un demi-million de personnes réparties dans 30 États américains.
Les victimes sont souvent des assureurs de plus petite taille comme Shenandoah Life Insurance, dont le ratio de capital est tombé sous le minimum réglementaire. Depuis, elle a cessé de vendre de nouvelles polices et a institué un moratoire auprès des détenteurs de polices en ce qui concerne les opérations de liquidation, de vente, de rachat ou d'emprunt sur leur contrat. La compagnie sous tutelle du curateur de l'État de Virginie depuis le mois de février, continue néanmoins de payer dans les cas de décès, de rentes ainsi que de réclamations d'assurance santé.
Cependant, nous ne sommes probablement pas au bout de nos peines. L'analyste de la firme de recherche CreditSights, Rob Haines, a sonné l'alarme dans le ma-gazine The Economist. Selon lui, les six plus importants assureurs américains avaient un capital réglementaire de 43 G$ US à la fin de 2008. Mais ce calcul exclurait 80 G$ US de pertes non reconnues selon l'évaluation de valeur au marché (mark to market). Cette dévaluation serait surtout concentrée dans la catégorie des obligations de sociétés.
Pour Henry Montag, un planificateur financier certifié (CFP) qui compte plus de 30 ans d'expérience, la solvabilité des compagnies d'assurance est depuis quelques années un nouveau facteur de risque à analyser. " Aujourd'hui, il faut évaluer la force d'une compagnie afin d'éviter les problèmes potentiels, dit-il. Les résultats financiers de certaines sociétés ont été publiés récemment ; cela permet d'évaluer celles dont la cote de crédit sera baissée. "
En attendant, le spécialiste s'assure de ne pas concentrer ses polices auprès du même assureur. Chez nos voisins du Sud, chaque État détermine le montant maximum de protection qu'il accorde aux citoyens. Ce montant varie de 100 000 à 300 000 $ et atteint même 500 000 $.
Au New Jersey, où Henry Montag pratique, cette limite est de 300 000 $. " Je veille donc à ce que mes clients n'aient pas plus de 300 000 $ en valeur au comptant dans la même compagnie d'assurance, car certaines d'entre elles pourraient éprouver des problèmes de solvabilité. À mon avis, la prochaine vague de la crise financière sera causée par des compagnies d'assurance. "
Il estime que d'autres plans de sauvetage seront nécessaires dans le futur. " Au cours de la prochaine année, certaines des plus imposantes sociétés d'assurance pourraient avoir besoin d'un renflouage, comme Metropolitan, Prudential ou Hartford. Elles fonctionnent déjà avec peu de réserves. "
Ces sociétés, réputées pour leur prudence, sont soudainement devenues un peu plus agressives au fil des ans, explique Henry Montag. " Après l'éclatement de la bulle techno, le gouvernement a réduit les taux d'intérêt pour stimuler l'économie. Cela a nui davantage aux compagnies d'assurance, car elles dépendent beaucoup du rendement des obligations. " Elles se sont graduellement tournées vers des obligations un peu plus exotiques qui versaient un rendement légèrement supérieur, comme les titres adossés à des créances hypothécaires. Ces produits financiers sont, faut-il le rappeler, au coeur même de la crise financière.