Si j’étais conseiller, j’aimerais beaucoup la Commission Charbonneau
01.11.2012 - 09:52 - Économies/marchés, Général, Gens de l'industrie - Jean-François Parent
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Et je tiendrais enfin ma revanche. Vous pensiez que les conseillers sont des filous? Vous n’avez rien vu: les entrepreneurs qui défilent devant la Commission Charbonneau représentent une belle brochette de crapules.
Je me réjouirais chaque matin en lisant les grands titres. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on peut se targuer de ne pas avoir de poutre dans l’œil alors que le Québec entier est mortifié devant l’énormité de la paille qu’on voit dans celui du voisin : l’octroi des contrats pour les travaux publics, au Québec, semble tellement gangréné que les Jones, Lacroix et autres Morinville passent pour des amateurs.
Dans le secteur financier, l’histoire démontre que c’est plus souvent des cowboys qui tentent de camoufler leurs erreurs ou des incompétents qui ne savent pas qu’ils en ont commis une qui causent du tort. Les vrais bandits y sont extrêmement rares.
En fait, plus de 99 % des professionnels de cette industrie n’ont absolument rien à se reprocher, selon les statistiques de l’AMF.
Du côté des travaux publics municipaux, au contraire, la manne des pots-de-vin a vraisemblablement attiré tous ce que le Québec compte d’arnaqueurs.
On me soupçonne d’être un filou en puissance, mais Lino Zambito, lui, quand même, c’est quelqu’un aussi, que je répondrais à mes détracteurs. Et Catania, et Accurso, tous ces entrepreneurs qui graissent toutes ces pattes dans tous les départements, c’est autre chose qu’un voleur à la tire qui transige à outrance pour mousser ses commissions.
Le secteur financier propose quelques filous, certes. Mais on constate que les travaux publics, dans la grande région montréalaise, sont noyautés par des bandits de grands chemins.
Et puis, soyons justes : dans le monde du placement, au moins, les stratagèmes sont rapidement éventés. Après deux ou trois ans, c’est fini.
Les autorités débarquent, les syndics s’en mêlent, les politiciens aussi, alors ça coûte très cher et c’est souvent la retraite complète des victimes qui s’est évaporée, mais bon. L’industrie au complet, les politiciens et les régulateurs en ont pour des années à resserrer les règles, à multiplier les garde-fous, à faire des enquêtes et à faire en sorte que ça ne se reproduise plus.
Dans les travaux publics, on a plutôt l’impression que le système est vieux comme le monde.
« Écoutez, messieurs-dames, que je dirais à mes clients, les témoins entendus à la Commission d’enquête sur l’industrie de la construction parlent de ce qui survient depuis au moins une décennie. Et avant ça, il a tout de même fallu qu’ils apprennent comment ça fonctionne ! C’est donc que quelqu’un les a initié à la chose… »
Et là, fort du sous entendu que l’art de corrompre se transmet d’une génération à l’autre, je pourrais démontrer qu’on peut vraiment tomber plus mal que sur un conseiller.
Les filous financiers agissent seuls et sur de courtes périodes, et leurs victimes sont moins nombreuses. Bref, les dégâts sont limités.
Dans les travaux publics, par contre…
Bien sûr, de grandes banques d’affaires américaines sans scrupules ont précipité le monde au bord de la faillite, pour ensuite demander l’aumône afin d’éviter de déposer elles aussi leur bilan.
Mais au Canada, le système financier est solide, les banques fortes et les cowboys peu nombreux et rapidement mis à l’index. Car c’est la particularité du système: on en a tellement marre d’être considérés de haut par la population qu’on insiste auprès de tous les collègues pour qu’ils soient plus blancs que neige.
J’ajouterais qu’en plus, dans le secteur financier, les victimes ont des chances raisonnables de récupérer leurs économies.
Dans la construction municipale, non seulement la facture est gonflée d’office de cinq pour cent. En plus les administrations municipales, dont tout indique qu’elles sont un des rouages importants de la corruption, ont le culot d’augmenter les impôts de ceux qui viennent d’apprendre qu’une partie de ce qu’ils paient chaque année sert à engraisser des bandits.
D’ailleurs l’encadrement du secteur financier fait en sorte que si votre conseiller vous a lessivé, vous avez une chance raisonnable de récupérer vos sous. Ça peut être long, mais bon. Tandis que pour les contribuables municipaux, ce n’est pas demain la veille qu’ils pourront récupérer un seul de leur sous vaillant qui aurait financé des dépenses éthiquement douteuses.
Et, puis, soyons justes: les cinq pour cent de ristourne empochés par des malhonnêtes, c’est tout de même autre chose que le 1 % exigé par les conseillers à honoraires pour un vrai service qui permet de s’enrichir.
Sans compter que si on refuse de payer son conseiller, on n’est pas menacé de mort. On ne fait pas non plus affaire avec la mafia quand on achète des titres boursiers.
Bref, si j’étais conseiller, je ne laisserais pas passer une telle occasion de démontrer que je ne suis, au fond, pas si mal. Et qu’en plus, avec moi, on une très bonne chance de s’enrichir.
Les administrations de la région métropolitaine ne peuvent pas en dire autant.
Indices boursiers
| Symbole | Cours $ | Variation $ | Variation |
|---|---|---|---|
| S&P/TSX Composé | 12367.46 | 78.56 | |
| NASDAQ Composé | 3482.1825 | 30.0513 | |
| Dow Jones Industriel | 15318.23 | 138.38 | |
| S&P 500 | 1651.81 | 12.77 | |
| Can. Dollar | .9794 | -.0032 | |



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