Indéfendables, les fonds communs?
02.06.2009 - 14:04 - Gens de l'industrie, Industrie, Produits - Christian Benoit-Lapointe
Christian Benoit-Lapointe
Fort d'un baccalauréat en communication auquel s'ajoutent des études en vulgarisation scientifique et un diplôme d’études supérieures en gestion, Christian Benoit-Lapointe a rapidement adopté l'univers de la presse économique. À ce titre, il relate avec intérêt l'évolution de l'industrie financière depuis quatre ans. De plus, il a terminé son cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM). Au cours de sa carrière, il a collaboré à plusieurs publications (dont Objectif Conseiller, L'actualité et Affaires PLUS) et à quelques quotidiens (La Presse et Le Devoir). Son travail et sa rigueur lui ont d'ailleurs valu le Prix de la relève aux Grands prix de Magazines du Québec. Il a aussi été finaliste du concours de la Canadian Business Press au cours des trois dernières années. Il est journaliste pour Finance et Investissement depuis novembre 2007.- OUTILS
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Les fonds communs se font attaquer de toute part depuis quelques années. Et lorsque l’industrie se fait frapper là où elle est le plus vulnérable, les frais de gestion, elle reste étrangement silencieuse. Pendant ce temps, ses concurrents accumulent les milliards de dollars d’actifs.
« Les frais de gestion des fonds communs canadiens sont les plus élevés du monde. » Cette affirmation maintes fois entendue se fonde sur l’étude Mutual Fees Around the World. Cette étude publiée à l’état d’ébauche en novembre 2005 estimait le coût total pour les détenteurs de parts à un astronomique 4,63 %.
L’industrie, du moins publiquement, est restée silencieuse. L’analyste de fonds Dan Hallett a été beaucoup plus visible lorsqu’il s’est porté à la défense des fonds canadiens, signalant de nombreuses failles dans l’étude.
La version définitive publiée en juillet 2007 faisait d’ailleurs état de frais de 2,41 %, soit un peu moins qu’au Danemark. Il s’agit d’une mince consolation, mais dans la tête des investisseurs, les Canadiens paient les plus hauts frais de gestion.
C’est d’ailleurs autour de cette affirmation que Barclays Canada a basé une importante campagne publicitaire pour ses iShares l’été dernier.
Sous la forme de campagne de sensibilisation, elle a lancé des pistes de réflexion telle « C’est au Canada qu’on trouve les ratios de frais de gestion (RFG) les plus élevés de tous les marchés développés. Vos clients devraient-ils s’en faire?» Un autre message affirmait que la plupart des gestionnaires de fonds ne battaient pas leur indice.
Ce n’est évidemment pas uniquement en raison de cette campagne, mais l’afflux des actifs nets à long terme de 4,4 G$ des fonds négociés en Bourse (FNB) iShares a devancé toutes les sociétés de fonds communs en 2008. La meilleure à ce chapitre, les Fonds Dynamique, n’a pu suivre le rythme, affichant 2,4 G$ de ventes nettes dans ses fonds à long terme.
La tendance se poursuit en 2009 pour les iShares, qui affichent déjà un afflux d’actifs nets à long terme d’environ un milliard de dollars, plus que toute autre compagnie de fonds.
ING Direct est allée plus loin à l’automne 2008 lors du lancement de ses fonds indiciels Streetwise, « les fonds communs qu’ILS ne veulent pas que vous connaissiez», disait la banque en ligne. Les conseillers se sont peut-être sentis visés, mais l’industrie des fonds l’était directement, car ING Direct qualifiait alors les RFG payés au Canada d’outrageux.
Sur son site Internet, la banque en ligne écrit d’ailleurs qu’« investir sur les marchés est une démarche simple qui peut augmenter votre rendement à travers le temps. Mais bien sûr, “ils” ne vous le diront jamais car “ils” font beaucoup trop d’argent en ne vous le disant PAS. Alors, NOUS vous le disons. »
Se faire accuser d’être de mauvaise fois ne semble pas avoir fait réagir l’industrie. Pourtant, ING Direct est un formidable concurrent, avec des actifs totalisants 24 G$.
Enfin, une étude récente de Morningstar confirme que cela coûte cher d’investir dans des fonds communs au Canada. Des 16 pays étudiés, un seul a obtenu la plus basse cote de F dans la catégorie des frais et dépenses. Je vous laisse deviner lequel. Les frais ont donc coulé le Canada, qui se classe pourtant au 7e rang au classement général.
Morningstar avance que les investisseurs canadiens ne prêtent généralement pas trop attention aux frais parce qu’ils ne connaissent pas le niveau minimum qu’ils pourraient obtenir. De plus, les actifs afflux vers les fonds au RFG moyen ou élevé parce que les investisseurs utilisent les services d’un conseiller.
Or, selon Morningstar, « les conseillers dirigent les clients vers des fonds qui font payer des commissions de suivi plus élevées ». Croyez-vous que cette pratique est rependue dans l’industrie? J’ose croire que non.
Durant la tempête, beaucoup de conseillers se sont tournés vers les fonds distincts, surtout les produits à décaissement garanti. Mais la crise les touche aussi. Des sociétés comme Desjardins Sécurité financière et Sun Life ont dû modifier les garanties ou augmenter les frais. L’attrait pour ces produits sera-t-il aussi fort lorsque la récession sera derrière nous? J’en doute.
Les FNB sont en pleine effervescence. En plus des iShares, des fonds de BetaPro, de Claymore et de ceux de BMO dont le lancement est imminent, la nouvelle famille AlphaPro propose trois FNB gérés activement dont le but avoué est de concurrencer directement les fonds communs, mais avec un avantage sur le plan des frais. L’industrie des fonds communs trouvera-t-elle une façon de stopper la formidable poussée des FNB?
Enfin, la question fondamentale : pourquoi est-il si difficile de défendre les fonds communs?
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1 commentaire
Les investisseurs reprennent déjà un peu le goût du risque, alors il suffit de trouver le bon fonds à long terme. Les fonds cotés en bourse sont souvent plus volatiles et ils ne peuvent battre leur indice.
Certains fonds mutuels battent leur indice, mais pas assez malheureusement. Si il y avait moins de fonds, il serait plus facile de trouver les meilleurs…
L’important, ce n’est pas seulement les frais, mais le rendement du portefeuille.