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À fond la Caisse

Jean-François Parent

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« On n’est pas des cowboys », clamait l’ex-patron par intérim de la Caisse de dépôt Fernand Perreault lors de sa comparution devant la Commission des finances publiques.

Pourtant, l’essentiel des pertes de la Caisse en 2008 a été causé par une gestion déficiente du risque. De là à conclure qu’on a joué aux dés avec un peu de légèreté, il n’y a qu’un pas. Qu’il est facile de franchir.

De l’aveu même des dirigeants qui paradent devant la Commission des finances publiques depuis le début de la semaine, non seulement le risque inhérent aux stratégies de diversification de la Caisse a-t-il été sous-estimé, mais dans le cas du PCAA par exemple, il n’a tout simplement pas été évalué.

On peut bien sûr se rabattre sur le commentaire fait par le PDG de la Régie des rentes, André Trudeau, selon qui les risques, « ça ne fait pas si longtemps que ça qu’on en parle ». Michael Sabia, à son arrivée à la tête de la CDP, sous-entendait la même chose est déclarant qu’il fallait revoir la gestion du risque au sein de la Caisse.

Quoi qu’ait pu dire Henri-Paul Rousseau en mars dernier pour expliquer les pertes records affichées par la Caisse, il n’y a pas que la tempête parfaite qui soit responsable des déboires du gestionnaire de caisses de retraite.

Tout le monde s’entend pour dire que le PCAA fût une erreur, notamment parce que l’évaluation du risque avait été déléguée à des tiers (à un seul en fait, l’agence de notation DBRS), pour investir dans des produits au sujet desquels Standard & Poor’s se méfiait déjà en 2002.

N’avait-on rien appris de l’épisode Nortel, au début du millénaire, alors que la Caisse affichait une « perte historique » en 2002 de 8,5 G$?

Richard Guay, l’autre ex-pdg de la Caisse, nous explique qu’un test de stress aurait permis de déceler d’éventuels problèmes de liquidité posés par les PCAA… et ce, alors que le fameux rapport de S&P, que tout le monde dit avoir lu, expliquait justement qu’acheter du PCAA non bancaire canadien était un acte de foi puisque le moindre éternuement des marchés pouvait provoquer le gel des liquidités au Canada.

Et voilà qu’un peu plus du tiers du marché des PCAA non bancaires se retrouve aux mains de la Caisse, laquelle en a acheté jusque dans les jours précédant le gel de tout ce marché. « Nous avons des outils de gestion du risque extrêmement sophistiqués », a répété Henri-Paul Rousseau à l’envi le printemps dernier.

Ceci expliquant cela, on n’a pas su que la Caisse détenait autant de PCAA jusqu’à ce que le marché gèle.

On peut bien sûr deviser sur la question jusqu’à plus soif et encore trouver des failles dans cette histoire.

Mais le fait est que si on s’est permis d’agir en dilettante dans ce secteur précis, comment savoir si cette attitude ne s’est pas généralisée à la Caisse dans son ensemble.

Mon collègue Francis Vailles, de La Presse, pose d’ailleurs sept questions à propos des pratiques managériales de la Caisse. Sur le PCAA, bien sûr, mais aussi sur sa gestion immobilière, sur l’utilisation de la technique REPO, sur Coventree (principal pourvoyeur de PCAA au pays), sur l’élaboration de son portefeuille de référence… des secteurs où la Caisse a fait pire que ses pairs.

Pendant ce temps, on apprend de la part de l’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic qu’après avoir essuyé des pertes record Richard Guay et Fernand Perreault auraient touché un peu plus de 1 M$ chacun en bonis annuels. Pour la même période, le rendement moyen pondéré des fonds des déposants à la Caisse a été de – 3,2 %.

Mais ce n’est pas le plus triste.

Non, le plus triste est plutôt qu’il faille une commission parlementaire pour savoir comment le capital de retraite des Québécois est géré.

Le manque de transparence paranoïaque qui afflige la Caisse de dépôt—impossible même de discuter de ces bons coups en période de calme ou de croissance, comme tous les journalistes québécois en ont continuellement fait l’expérience—empêche l’examen des pratiques en cours à la Caisse.

Sauf qu’aujourd’hui, la transparence n’est pas que de la poudre aux yeux. Elle est une condition nécessaire à l’investissement.

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