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Bull ou bear, la suite

Stéphane Desjardins

Stéphane DesjardinsIl détient un baccalauréat en communications, journalisme, de l'Université du Québec à Montréal. En vingt ans de carrière, il a dirigé la rédaction de plusieurs magazines et journaux, dont des publications d'affaires. Il a notamment collaboré au Devoir, au Soleil, à Affaires PLUS, au Journal de l'Assurance, à Géo Plein-air et à Ski Presse. Il a aussi été directeur du magazine Québec Inc. À titre d'entrepreneur, il a fondé des entreprises spécialisées dans les communications écrites et graphiques. Il a été finaliste au prix Merrill Lynch et à ceux de l’IFIC. Il a siégé à quelques conseils d’administration de sociétés publiques et privées. Il est rédacteur en chef pour Finance et Investissement depuis juillet 2007.
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J’aime beaucoup la une du dernier magazine The Economist (25 mai). On y titre « A glimmer of hope? » en montrant l’image de ce poisson des grandes profondeurs qui attire ses proies par un appendice qui émet de la lumière. Le monstre s’apprête justement, sur la couverture du magazine, à bouffer un banc de poissons alors qu’en sous-titre, on lit : « The world economy and the perils of optimism ».

Vous avez dit pessimiste?

On peut certes critiquer l’attitude du magazine. Mais The Economist a toujours mis les freins lorsque le monde est subitement saisi par un optimisme débordant. Comme celui qui mène aux bulles. The Economist a prédit l’actuelle bulle immobilière il y a plus de deux ans. Il l’avait fait avec la bulle Internet. Je pourrais citer plusieurs exemples du genre jusqu’au lancement de cette publication, en 1843.

Mais il faut faire preuve de davantage de subtilité par les temps qui courent. J’ai déjà écrit sur ce site et dans les pages de Finance et Investissement que la crise actuelle est différente des autres. Que les indicateurs habituellement utilisés par les économistes pour tenter de prédire la fin d’un cycle et le commencement d’un autre ne fonctionnent pas dans la situation actuelle. Car la période que nous vivons est exceptionnelle. Que nous n’avons rien connu de pareil de notre vivant.

J’ai répété ces arguments au colloque du CFIQ, mercredi dernier, lors du panel que j’animais sur l’évolution des marchés suite à la crise du crédit. Les panélistes ne m’ont pas contredit, quoique…

Le débat, qui se voulait une explication sur les causes de la crise et, surtout, une vision de la façon dont on doit désormais investir, a inévitablement porté sur la question suivante : « Quel genre de discours les conseillers financiers doivent-ils tenir à leurs clients lorsque ceux-ci s’interrogent sur le meilleur moment de revenir vers le marché? » Doit-on lire, dans la montée actuelle des indices, une reprise durable ou un rebond avant une autre période noire? The Economist a tranché : après la crise de 1929 et plusieurs autres, la Bourse a connu plusieurs périodes d’optimisme. Suivies de cycles baissiers qui ont anéanti des années de gains.

À la fin de l’atelier, ils étaient plusieurs conseillers à se demander si leurs questions avaient été répondues. Peut-être faut-il attaquer différemment le sujet. Car nos panélistes avaient beau répéter qu’ils avaient foi en des indicateurs comme des inventaires au plancher ou des actions dont la valeur représente un escompte historique incroyable, personne n’est rassuré.

Le questionnement demande davantage de subtilité : nous ne sommes peut-être pas au début de la reprise, mais le fond du baril est peut-être atteint. En soi, c’est une bonne nouvelle. Et cela en incite plusieurs à se dire qu’il est temps de revenir, prudemment, au marché.

Nos panélistes suggèrent donc de le faire de façon diversifiée. Pas juste du point de vue géographique : il faut éviter avant tout une trop grande concentration dans une seule classe d’actifs. Et même du point de vue géographique, ils s’accordent pour dire que l’Europe, le Japon et les États-Unis ne représentent pas un investissement futur des plus rentables. Reste le BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Certains ne jurent que par l’inde et, surtout, la Chine. À cette fourchette devrait-on ajouter les pays pétroliers du Moyen-Orient.

Voilà encore une donnée nouvelle : jamais, dans l’histoire, des économies en émergence ont disposé autant d’argent et de moyens pour relancer leur économie en relative autonomie. Et même avoir une influence sur l’économie mondiale. Les tenants de la théorie du découplage (des économies émergentes de celle des États-Unis) vont peut-être, après tout, triompher sur leurs détracteurs, qui étaient nombreux il n’y a pas juste six mois.

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