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La Caisse : on nous prend pour des cons

Stéphane Desjardins

Il détient un baccalauréat en communications, journalisme, de l'Université du Québec à Montréal. En vingt ans de carrière, il a dirigé la rédaction de plusieurs magazines et journaux, dont des publications d'affaires. Il a notamment collaboré au Devoir, au Soleil, à Affaires PLUS, au Journal de l'Assurance, à Géo Plein-air et à Ski Presse. Il a aussi été directeur du magazine Québec Inc. À titre d'entrepreneur, il a fondé des entreprises spécialisées dans les communications écrites et graphiques. Il a été finaliste au prix Merrill Lynch et à ceux de l’IFIC. Il a siégé à quelques conseils d’administration de sociétés publiques et privées. Il est rédacteur en chef pour Finance et Investissement depuis juillet 2007.
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Le choix de Michael Sabia nous a démontré à quel point la Caisse de dépôt est une institution politisée à l’extrême. Le premier ministre Charest a beau affirmer qu’il existe une saine distance entre le gouvernement et la Caisse, on se doute bien que le choix du successeur d’Henri-Paul Rousseau et de Richard Guay fut téléguidé depuis son bureau. Et ce, dans une totale improvisation qui frise le ridicule, lorsque l’on sait qu’il s’agit tout de même d’une institution responsable de plus de 120 G$ d’actifs.

Y a-t-il un dirigeant d’entreprise, de syndicat, de groupe communautaire ou même de groupuscule communiste encore assez sain d’esprit pour ne pas interviewer au moins un autre candidat à la direction de l’organisation, même si le cv que vous avez devant vous comble toutes vos attentes? Robert Tessier, le nouveau président du conseil de la Caisse, n’a même pas daigné rencontrer le seul autre candidat intéressé au poste le plus stressant de l’industrie financière québécoise.

Ça en dit long sur le genre de leadership qui émanera du conseil d’administration, une instance qui a, normalement, un rôle de chien de garde veillant aux intérêts des actionnaires. C’est à-dire nous, dans le cas de la Caisse.

D’autant plus que ce fameux conseil est amputé de la moitié de ses membres. Et que le nouveau président, en poste depuis une semaine semulement, a confondu célérité et précipitation. Certes, tout le monde espérait une nomination rapide pour remettre la Caisse sur ses rails. Mais il aurait fallu tout de même attendre de soumettre cette candidature controversée à l’ensemble du conseil. Ça sent le rubber stamp. On est loin du débat sur la gouvernance d’entreprise qui faisait rage du temps de la déconfiture d’Enron. Les gens ont la mémoire courte…

Les politiciens de tous les partis, dans cette histoire, se sont comportés comme des clowns. Pour certains, M. Sabia aurait dû porter la ceinture fléchée comme gage de son allégeance à la culture québécoise. On n’a pourtant jamais demandé à Claude Lamoureux de porter le chapeau melon, durant les 15 ans qu’il a dirigé Teachers. Le petit gars du Cap de la Madeleine a tout de même livré un rendement moyen de 12% à la caisse de retraite ontarienne durant son règne. Pourquoi remettre en doute la québécitude d’un homme qui habite ici depuis 16 ans et qui a empêché le centre de décision de Bell, pendant plus d’une décennie, de migrer vers la Ville Reine? Ce qui fut fait dès son départ d’ailleurs.

On a aussi reproché à M. Sabia d’avoir manqué son coup à la tête de Bell. Il a pourtant pemis au géant des télécoms ne ne pas faire naufrage en le délestant de toutes ces filiales acquises à gros prix lors de l’ère Monty. Il a été torpillé par le gouvernement fédéral lorsqu’il a voulu muter Bell en fiducie de revenu. Ce qui aurait réellement transformé BCE en machine à imprimer de l’argent pour ses actionnaires. Et il a tout de même arraché un prix de vente inouï à Teachers. L’échec de cette transaction ne vient pas de lui. Son succès l’aurait auréolé d’une gloire certaine.

On lui a reproché son manque d’expérience. La Caisse regorge de talents et d’experts. Le problème de l’institution en est un de leadership. Michale Sabia a de l’expérience dans le siège du conducteur d’un empire. On verra s’il saura se dépêtrer avec l’interférance prolitique continuelle provenant de Québec et l’esprit de tribu qui anime les cercles d’affaires de la Belle Province.

Certes, M. Sabia possède les qualités pour diriger un empire. Ce qu’on lui reproche, c’est son inhabilité à inspirer les troupes, à faire démontrer de la vision et de l’empathie. Toutes des qualités qu’on est en droit de s’attendre d’un leader moderne, à la tête d’une institution sophistiquée, mais traumatisée. M. Sabia devra faire ses preuves sur ce plan. D’autant plus que quelques heures après sa nomination, on contestait déjà sa légitimité.

Difficile pour un souverainiste, ou même un nationaliste mou d’allégeance adéquiste ou libérale, de se réjouir de cette candidature. M. Sabia est un ex-mandarin fédéral, ex-membre du Conseil de la Confédération. L’homme a beau être amoureux du Québec et francophile, il aura de la difficulté à personnifier le symbole nationaliste que représente la Caisse. Après tout, la Caisse est un rejeton de la Révolution tranquille. Un de ses pères est Jacques Parizeau. Même si le rendement doit primer sur tout, elle a encore le mandat d’investir dans le développement du Québec. Et les Québécois ne voient générlement aucune contradiction entre les deux mandats : le nationalisme économique fait partie intrinsèque de l’histoire de la Caisse et personne, au pays de Félix Leclerc, ne s’attend à ce que ça change vraiment.

Comme journaliste, je me réjouis de sa volonté de M. Sabia d’instaurer plus de transparence à une institution qui en manque cruellement. Si la Caisse s’était employée, depuis des années, à expliquer les rouages de ses multiples techniques d’investissement dans une multitude de marchés devenus ésothériques avec les années, le récent débat entourant son rendement négatif historique aurait peut-être eu quelque intelligence. En lieu et place, on a eu du brassage de toges entre clowns patentés.

Je me demande quel genre de crédibilité la classe politique québécoise aura lorsqu’elle voudra, à l’avenir, réglementer davantage l’industrie financière alors qu’elle n’est même pas capable d’instaurer un processus de nomination crédible à la tête de la Caisse de dépôt.

1 commentaire

20.03.2009 - 13:15

Bonjour M. Desjardins,

Je vous transmets un texte intitulé « Dans le mille ! » qui présente la stature du Québec à l’échelle internationale. Cette stature internationale de géant planétaire contribuera à coup sûr à la concrétisation de la vision optimiste de M. Henri-Paul Rousseau quant à l’avenir à long terme de l’actif de la CDPQ et d’autant plus si la CDPQ commence d’abord par en tenir compte. Avec à peine 17% de son portefeuille investi dans des entreprises québécoises, on peut conclure que l’équipe de direction de la CDPQ a jusqu’à ce jour ignoré ces vérités qui sont à la base des fondamentaux sur lesquels les titres financiers (je parle ici des titres solides) doivent ultimement s’appuyer.

Ce sont ces mêmes éléments fondamentaux qui, au-delà de la crise financière actuelle, font défaut aux USA et rendront très difficile, voire impossible leur relèvement prochain. Bref,

Il manque déjà d’énergie à l’échelle globale de l’ensemble de leur économie ;
Il manque d’eau dans plusieurs États ;

Et surtout, la très longue période de temps sur laquelle ils ont pu compter sur de l’énergie vraiment pas chère (2$ le baril de pétrole) semble définitivement derrière eux, même si toute leur organisation sociale (l’urbanisme, les réseaux de circulation des biens et des personnes, etc.) repose sur ce postulat qui s’avère faux en date d’aujourd’hui et d’autant plus faux dans l’avenir prévisible.

La monnaie est un voile comme disait les classiques mais vient toujours le jour où le voile est levé. Lorsque ce jour arrive, les financiers ont intérêt à avoir choisi des titres qui peuvent s’appuyer sur autre chose que les prétentions de leurs émetteurs, fussent-ils garantis par des agences de notation dont l’opinion, pour certaines d’entre elles, pensons à DBRS, ne vaut pas même le papier sur lequel leur recommandation est énoncée.

Puisque dans une perspective stratégique, « il est plus important de poser d’excellentes questions auxquelles on n’a pas de réponses que de faire d’excellentes réponses aux mauvaises questions. », et que j’ai plutôt considéré que M. Rousseau s’en était tenu à faire d’excellentes réponses aux mauvaises questions, en voici quelques-unes qui pourraient être d’intérêt et qui sont regroupées sous deux rubriques :

1. Un échappatoire juridique relatif à la liquidité des titres vendus à la CDPQ et détenus par elle

1.1 Quel est le nom de ces « banques et institutions étrangères » dont les PCAA, comme Henri-Paul Rousseau l’a lui-même souligné, qui ont bénéficié d’un échappatoire juridique au niveau de leur responsabilité d’assurer la liquidité des titres émis/commandités?

1.2 À quelle date ont-ils eu connaissance de l’existence de cet échappatoire?

1.3 Qui sont les actionnaires principaux de ces banques?

1.4 Qui en étaient les commanditaires de ces PCAA dotés d’un échappatoire?

1.5 Se peut-il qu’il s’agisse d’une banque ou d’une institution quasi-bancaire, d’un commanditaire ou d’un vendeur qui soit ou ait été lié avec les personnes morales suivantes ? Le holding PARGESA, la société PARJOINTCO qui contrôle dans les faits la société Pargesa. (Il semble que ces personnes morales sont la propriété des familles Desmarais du Canada et Frère de la Belgique)

1.6 Quel est le nom des avocats et des cabinets d’avocats qui ont révisé les termes juridiques de ces titres comportant une échappatoire de cette nature ?

2.0 Les frais de couverture de change

2.1 Quelle est la part véritablement liquidée du portefeuille et qui, conséquemment, constitue de véritables pertes?

2.2 Quel était le montant en jeu, la somme protégée, pour ces frais d’assurances de couverture de change à hauteur de près de 9 milliards ?

2.3 Qui a empoché ces revenus de couverture de change ?

2.4 La plupart des transactions internationales se réalisent en dollars américains, pourquoi la CDPQ avait-elle besoin d’autant de couverture sur son portefeuille déjà en dollars américains (selon la règle du « Mark to market ») et d’autant plus que le portefeuille aurait même dû grandement s’apprécier étant donné la débâcle du dollar canadien d’environ 25% entre la mi-septembre 2008 et le 31 décembre 2008?

NOTA BENE

Pour toutes les positions qui n’ont pas été liquidées et qui font l’objet de simples provisions qui ne devraient pas se matérialiser comme M. Rousseau a précisé, la CDPQ n’a normalement pas dû encourir de frais de couverture de risque de change, du moins pas encore. Aussi, si ses états financiers la forcent peut-être à présenter ses résultats en dollars canadiens, cela n’implique aucunement que les titres détenus sont en dollars canadiens, à moins que la loi ne l’y oblige.

Agréez mes salutations.

Guy Latreille, économiste conseil

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