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Quand on se compare… on ne se désole pas tant que ça.

Stéphane Desjardins

Stéphane DesjardinsIl détient un baccalauréat en communications, journalisme, de l'Université du Québec à Montréal. En vingt ans de carrière, il a dirigé la rédaction de plusieurs magazines et journaux, dont des publications d'affaires. Il a notamment collaboré au Devoir, au Soleil, à Affaires PLUS, au Journal de l'Assurance, à Géo Plein-air et à Ski Presse. Il a aussi été directeur du magazine Québec Inc. À titre d'entrepreneur, il a fondé des entreprises spécialisées dans les communications écrites et graphiques. Il a été finaliste au prix Merrill Lynch et à ceux de l’IFIC. Il a siégé à quelques conseils d’administration de sociétés publiques et privées. Il est rédacteur en chef pour Finance et Investissement depuis juillet 2007.
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Tout est relatif dans la vie. Le taux de chômage est à la hausse. L’endettement généralisé inquiète les économistes, qui craignent la déflation ou la Grande Récession. Le PIB, les exportations, toutes les indicateurs clés de notre économie sont en chute libre. Nos gouvernements renouent avec les déficits. Les investisseurs ne savent plus à quel sein se vouer. Votre moral fout le camp? Voici matière à relativiser les choses.

L’été dernier, j’étais en Afrique du Sud. C’est le pays le plus développé de ce continent. Autoroutes et réseaux ferrés mieux entretenus qu’ici. Système de santé irréprochable. Taux d’alphabétisation comme le nôtre. Taux de croissance économique annuel moyen de 5% depuis des décennies. Premier producteur mondial d’or et de platine. Cinquième producteur mondial de vin. Le système bancaire n’a pas été profondément affecté par la crise actuelle.

Tout va bien? Non. Les interruptions de courant sont nombreuses. Le taux de chômage officiel est de 25% (il dépasserait plutôt les 30% dans la réalité). L’écrasante majorité des Noirs n’ont pas de diplôme d’études secondaires ni même de formation technique de base. Le sida fait des ravages (5,3 millions de personnes infectées, soit près de 11% de la population). Les bidonvilles foisonnent en banlieue de Johannesburg, du Cap et de Durban. Et même dans les campagnes. Le salaire minimum frôle les 25 cents canadiens. La violence est omniprésente dans les villes. Les entrepreneurs Noirs ont de la difficulté à obtenir des capitaux pour faire croître leurs entreprises, même si elles connaissent du succès. Et les immigrés illégaux, qui occupent des emplois de semi-esclavage, sont pourchassés dans les rues par des gens qui les qualifient de voleurs de jobs.

Et ces problèmes sont ceux d’un pays riche d’Afrique. Quand j’ai visité le Zimbabwe voisin, ce fut le choc. Le système bancaire du pays opère en mode d’urgence. Oubliez les prêts et les cartes de crédit. Le taux d’inflation, l’été dernier, s’établissait à 231 millions % (vous avez bien lu, 231 M%), soit 7000 % sur une base annuelle (tous mes chiffres proviennent d’agences officielles comme l’ONU ou le FMI). J’ai vu des foules faire la queue pendant des heures devant les banques le matin de leur paie. Si vous encaissez votre chèque quelques heures plus tard, vous perdez beaucoup d’argent. L’été dernier, le dollar zimbabwéen ne valait pratiquement rien. Ça prenait 120 M$Z pour acheter un journal. Une brouette de dollars vous permettait d’acquérir un pain.

Le PIB a chuté de 40% en sept ans. Plus de 90% des 12,9 millions de Zimbabwéens sont sans travail. Plus de 56% des gens vivent avec moins de 1 $US par jour. L’économie au noir a, depuis longtemps, dépassé l’économie officielle. Les fermiers Blancs doivent défendre leurs terres avec des armées privées et craignent l’expulsion du pays. Le Zimbabwe, autrefois un des pays les plus riches du continent, est aujourd’hui frappé par une épidémie de choléra. Car le gouvernement n’a plus d’argent pour financer les systèmes d’aqueduc et les hôpitaux. L’eau est donc empoisonnée et le personnel médical a fui le pays. Tout comme 3 millions de zimbabwéens. Plus de 33% des adultes de 15 à 49 ans ont le Sida. Le taux de mortalité infantile est de 68 pour 1000 naissances (il est de 5 chez nous).

En fait, tous les services publics ont cessé de fonctionner. L’espérance de vie est désormais fixée à 40 ans chez les hommes et de 34 ans chez les femmes. Le taux de corruption est un des plus élevés au monde. Le trafic d’esclaves y est florissant : des milliers d’hommes, femmes et enfants sont forcés de travailler sans rétribution ou exploités sexuellement. Près de 600 000 personnes vivent dans des camps de réfugiés. La capitale, Harare, est une zone de non droit où les gangs de rue ont pratiquement pris le pouvoir dans la majorité de ses quartiers.

En mars, le FMI a refusé d’avancer de l’argent à ce pays dont le gouvernement est déjà surendetté. Le dictateur local, Robert Mugabe, s’accroche au pouvoir en affirmant que seul Dieu lui enlèvera son titre présidentiel. Le premier ministre d’opposition, Morgan Tsangirai, a failli périr dans un accident d’auto suspect (où sa femme est décédée) le mois dernier. Ses partisans et ministres sont emprisonnés et pourchassés dans la rue sous de fausses accusations.

Et le Zimbabwe n’est pas le seul pays dans cette situation. Le Sierra Leone et le Liberia peinent à se sortir de 30 ans de guerre civile. Le gouvernement du Soudan a mené un génocide au Darfour et son président est inculpé de crimes de guerre. Le Myanmar est, littéralement, un gigantesque camp de travail au service d’une junte militaire corrompue et paranoïaque. Le tiers des habitants de la Corée du Nord est menacé de famine presque chaque année. À Gaza, le taux de chômage atteint les 50%. La Somalie n’a plus de gouvernement depuis 1991 et le pays est dominé par les seigneurs de la guerre. La guerre civile a fait des millions de morts au Congo alors que les pays voisins pillent les richesses naturelles. L’économie d’Haïti ne permet plus d’assurer la survie de sa population. Et puis, il y a ces guerres ou guérillas oubliées en Géorgie, en Tchétchénie, au Sri Lanka, au Népal et aux Philippines. Sans oublier l’Afghanistan et l’Irak…

Je vous l’ai dit, quand on se compare…

2 commentaires

CROISETTE
14.03.2009 - 05:36

“La capitale, Harare, est une zone de non droit où les gangs de rue ont pratiquement pris le pouvoir dans la majorité de ses quartiers.”

Bonjour,

Petit rectificatif: il n’y a pas de gang de rue à Harare.
Je viens d’y passer trois années avec ma famille, j’y étais en tant qu’investisseur. C’est un pays très “Safe”.

À part de cela, je tenais à vous remercier pour la justesse de votre article.
Certains chantent “emmenez-moi au bout de la terre, il me semble que la misère serai moins pénible au soleil !”

Pour ma part, de retour en France depuis peu, j’ai vraiment le sentiment de vivre au bout de la terre et la misère m’est vraiment moins pénible.

J’ai tout perdu, mais j’ai déjà tellement.

Être né en France, c’est comme gagner au Loto

J’évite de me comparer, cela me rend malade.

Je pense beaucoup à mes employés que j’ai dû laisser la-bas et je souffre avec eux.

Sincèrement,

Charles CROISETTE

Emmanuel Vaslin
24.07.2009 - 07:28

“Certains chantent “emmenez-moi au bout de la terre, il me semble que la misère serai moins pénible au soleil !” Pour ma part, de retour en France depuis peu, j’ai vraiment le sentiment de vivre au bout de la terre et la misère m’est vraiment moins pénible.”

Charles, tu me rappelles un peu Céline dans tes propos … “En Afrique! que j’ai dit moi. Plus ce sera loin, mieux ça vaudra”, sauf que Bardamu même en Amérique, même de retour en France ne l’a toujours pas trouvé ce bout de la terre, ce “bout de la nuit”.

Amitiés,

Emmanuel VASLIN

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