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Quand on se compare, on se désole

Stéphane Desjardins

Stéphane DesjardinsIl détient un baccalauréat en communications, journalisme, de l'Université du Québec à Montréal. En vingt ans de carrière, il a dirigé la rédaction de plusieurs magazines et journaux, dont des publications d'affaires. Il a notamment collaboré au Devoir, au Soleil, à Affaires PLUS, au Journal de l'Assurance, à Géo Plein-air et à Ski Presse. Il a aussi été directeur du magazine Québec Inc. À titre d'entrepreneur, il a fondé des entreprises spécialisées dans les communications écrites et graphiques. Il a été finaliste au prix Merrill Lynch et à ceux de l’IFIC. Il a siégé à quelques conseils d’administration de sociétés publiques et privées. Il est rédacteur en chef pour Finance et Investissement depuis juillet 2007.
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À voir l’attitude de la SEC au lendemain de la découverte d’une fraude de 50 G$ à Wall Street, on se surprend à espérer que notre propre police des marchés soit un peu plus, disons, transparente. Ou à tout le moins candide quant à ses faiblesses et des moyens qu’elle prend pour y remédier.

Ainsi, dans les jours qui ont suivi la mise en accusation du financier Bernard Madoff, le président de la Securities and Exchange Commission Chrisopher Cox a admis que son organisme a mal fait son travail. Elle a ainsi fermé les yeux sur de depuis au moins 9 ans sur de multiples signaux qui lui aurait permis de découvrir l’existence d’une fraude à quelques rues de chez elle.

L’an dernier, une enquête de la SEC avait d’ailleurs été menée auprès de Madoff, sans que celui-ci soit inquiété outre mesure.

Mea culpa, mea maxima culpa pour le gendarme boursier américain, qui a lancé une enquête interne pour identifier dans quelles mailles du filet Bernard Madoff a réussi à passer. On a commis une bourde? On s¹excuse et on va prendre les moyens pour découvrir ce qui s¹est vraiment passé et prendre les moyens pour qu¹elle ne se reproduise pas.

Au Québec? L’attitude est foncièrement différente avec l’Autorité des marchés financiers. Et pourtant, si quelqu’un devrait au moins se demander si elle a bien fait son travail, c’est bien le régulateur.
Dès 2001, l’AMF entretenait des doutes au sujet de Vincent Lacroix.

Inspections et enquêtes se sont succédées au fil des ans. Une inspection en 2002, une préenquête en 2003 et une enquête en 2004. Dans l’industrie, on se posait des questions sur Norbourg de plus en plus fréquemment. À l’achat des Fonds Évolution, Vincent Lacroix remplaçait lui-même la vingtaine de gestionnaires des fonds, ce qui a provoqué des haussements de sourcils un peu partout dans les milieux financiers.

On savait que Vincent Lacroix achetait des réseaux de distribution pour des montants faramineux par rapport à leur valeur réelle. D’ailleurs, il paie ses acquisitions au comptant la plupart du temps. Sans parler des juricomptables qui sont sur le coup depuis une dizaine de mois (!) avant que n’éclate le scandale, le 25 août 2005.

Quand on lui demande si ces nombreux signaux n’auraient pas dû attirer son attention, l’AMF explique « l’une ou l’autre des irrégularités ou anomalies, prise isolément, ne suggérait aucunement la commission d’une fraude ».

Fort bien. Mais alors, est-il possible que quelqu’un, quelque part, ait failli à la tâche? « Nous n’avons pas commis d’erreur dans Norbourg. Mais il est certain que nous en tirons des leçons », affirmait Jean St-Gelais, le pdg, dans nos pages. Et non, l’AMF n’était pas trop occupée à se mettre en place pour se préoccuper de Vincent Lacroix, insiste encore le patron, un peu las de voir l’ampleur prise par le scandale. « Dans Portus, les gens ont perdu 700 M$, et on n’en parle pas autant, soupire-t-il. Il y a eu inflation médiatique avec Norbourg. » Les Américains, eux, ont droit à un régulateur qui jure de faire toute la lumière sur son comportement pour éviter que des fraudes d’envergure ne se produisent.

Notre régulateur, lui, déplore l’enflure médiatique. Encore heureux qu’il en ait tiré « des leçons ».

3 commentaires

GR
19.12.2008 - 14:35

Ce cher monsieur St-Gelais a d’ailleurs, lui aussi, participé à ce qu’il appelle l’enflure médiatique et s’en est servi à souhait pour faire sa promotion et celle de son organisation même si ils sont passés à côté de l’affaire et à côté de nombreuses autres.

Dans le cas Norbourg il a été facile de prendre l’argent (30 millions) dans les poches des représentants qui ont été soit des victimes de Lacroix soit des étrangers aux problèmes de Norbourg pour avoir l’air d’avoir fait quelque chose.

Des fonctionnaires ça restera toujours des fonctionnaires. L’imputabilité ? Connais pas.

GR

22.12.2008 - 16:46

L’AMF est embourbé dans des enquêtes anodines. On est trop occupé à traquer les méchants planificateurs qui n’ont pas deux classeurs pour séparer les assurances vie des placements.

Ils peinent tellement à recruter du personnel compétent que cela en est désolant. Un confrère qui rééquilibrait régulièrement ses portefeuilles pour conserver les classes d’actifs cibles de son client (10% encaisse, 40% Obligations et 50 actions) s’est démené comme un diable pour faire comprendre le procédé au fonctionnaire qui n’avait jamais entendu parler de rééquilibrage avant cela.

Il a été sanctionné car il faisait trop de transactions (sans commission)!!! Et il faut avoir confiance en ce type d’enquêteur pour flairer le prochain Lacroix? Vite une commission unique canadienne avec des enquêteurs compétents et des dents!

bassin
01.01.2009 - 16:16

Voici le nom de la personne qui dénoncait Madoff à la SEC depuis 8 annéees :

A CFA Charterholder Who Did Not Give Up
Harry Markopolos, CFA, a longstanding member of the Boston Security Analysts Society, has been in the news this week for his role in reporting the allegations that Bernard Madoff was running a Ponzi scheme. Over the past eight years, Harry has steadfastly informed the U.S. SEC that Madoff’s strategies could not possibly yield the high returns he reported. Despite many ups and downs in his investigation, he did not give up. We send our congratulations to Harry for his continued efforts to eliminate professional misconduct and protect the interests of investors.

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